vendredi 17 octobre 2014

La lettre et l'esprit

Le 17 octobre n’était pas un dimanche et resta à jamais une journée particulière.
Monsieur Martin de retour chez lui au matin après quelques jours d’absence releva son courrier, comme à l’accoutumée, un peu avant midi. 
Il comprenait l’unique magazine auquel il était abonné, une carte postale expédiée il y a deux semaines représentant une plage de sable blanc à haute teneur paradisiaque et enfin une enveloppe dont l’ouverture ne manqua pas de le contrarier.
Elle contenait en tout et pour tout la lettre M sur papier glacé, déchirée avec soin dans un magazine. 
Monsieur Thomas, le garagiste, décacheta une intrigante enveloppe bleue et découvrit qu’elle renfermait six petits carrés, la totalité des voyelles de l’alphabet, en capitales noir et blanc, découpées dans le journal local.
En plus des deux factures qui avaient passé une nuit très fraîche dans la boîte car elle ne les avait pas ramassées la veille, Madame Dubois reçut un pli cacheté contenant la lettre P.
Chez la famille Richard, c’est le fils aîné qui, en son jour de congé, trouva un B majuscule expédié dans une enveloppe grise.
Mademoiselle Petit attendait tout autre chose que la réception d’un mystérieux  D extirpé d’une enveloppe blanche. Cela la rendit fort perplexe et son cœur se mit à battre autrement.  

Cela parut à tous aussi inattendu qu’inexplicable. L’incompréhension fit son chemin. Vint l’inquiétude. 
Oiseau de mauvais augure. Une menace diffuse d’heures incertaines refaisait-elle surface, onde troublante gagnant la rive ? 

Curieusement, à moins que ce ne soit justement, cela n’avait guère provoqué d’appels, songeaient les gendarmes en allant frapper aux portes.

Les investigations fines, passées les vérifications de routine, n’amenèrent rien qui puisse éclaircir la situation.

En fin d’après-midi, c’est le facteur que l’on trouva inanimé chez lui.
On crut tout d’abord qu’il dormait.
Jusqu'à la découverte d’une tasse vide sentant le thé renversée près de lui.
Suicide ?
On s’interrogea. Chercha. Fouilla.
Et l’on finit par retrouver les sacs du courrier de la journée cachés au fond du jardin.
On ne sut jamais pourquoi il avait malgré tout accompli sa tâche quotidienne une ultime fois au pied de la lettre. 
Et il y avait une enveloppe dans sa propre boîte. 

mercredi 15 octobre 2014

cENTQUARANTE

140-4

Son ultime proposition «la véranda dans le colonel Moutarde avec la bibliothèque », précipita sa perte de la partie, une preuve que le monopoly n’est pas un jeu facile.

140-5

Le chien aboie, le corbeau croasse, le lion rugit.
De plus, le chat parde, le jars dîne et dort. Sinon l’abeille gicle.
Enfin, l’essence yèle. C’est le cri du carburant.

.../... 


La série étant désormais lancée, elle reviendra régulièrement sous deux formes : 
-  libre avec 140 caractères espaces non compris , 
ou bien 
- Septuor  contrainte chez Zazie Mode d'Emploi : http://zazipo.net/+-Septuor-474-+


lundi 13 octobre 2014

CENTQUARANTE

0

140 ne sera pas 27.
Ce sera –forcément- un exercice de concision, de compression, ou encore de synthèse.
Brut et peut-être même brutal. 
Et vraisemblablement inopiné, improvisé ou spontané, voire idiot. 
Sur tout, sur rien, sur n’importe quoi. Ce qui ne m'étonne pas de moi.

Et en voici trois...

140-1 

140 est le titre générique d’une nouvelle série qui démarre ici.
Allusion au nombre de caractères 140 en est la seule contrainte.
Tout y sera possible thématiquement !

140-2



Je tournais autour de l’idée depuis quelque temps.
Après la lecture de touites, des visites de sites ou de blogs, même si je n’ai pas pour autant  l’intention de touiter.

140-3

Si ceux qui vendent des voitures suréquipées (sic), me laissant passablement perplexe, se reconvertissaient dans les lunettes, compteraient-elles trois verres ?

samedi 11 octobre 2014

Interférences sonores 7

Une mini-série de deux instrumentaux et un même thème.


"End of the rainbow"
On retrouve ici à la guitare Steve Hackett qui a joué dans Genesis.
Il est invité dans l'album Gallery of Dreams du groupe Gandalf 
(que je connais pas plus que cela .)


Et là un morceau figurant dans son propre album 
"Guitar Noir" où il file le thème de l'arc-en-ciel 
"Walking away from rainbows".

Deux morceaux principalement acoustiques qui illustrent 
la direction esthétique du guitariste dans les années 90.  

vendredi 10 octobre 2014

Lancement

Annoncée  il y a peu à grands renforts 
de publicité clandestine, de meetings onéreux surfacturés 
et de revues inutiles sur papier glacé 
de rien du tout, 
voici le préambule à cette mystérieuse et polichinelienne rubrique "140"
Aux abris !  

Sept mercenaires
Quatre vérités
Dix commandements
Trente-six chandelles
Trois mousquetaires
Douze salopards
Trente cercueils
Dix de retrouvées
Deux fonlapères
Sept merveilles
Quarante voleurs
Treize desserts
Neuf vies
Cinq sens
L’an quarante
Six bémols
Cent préavis
Douze travaux
Treize à la douzaine
Six rondelles
Un printemps
Cinquante pour cent
Moins deux  
Moins le quart
Trois pour le prix de deux
Trois pattes
Un canard
Un raton-laveur


= 140

mardi 7 octobre 2014

Acrobaties chromatiques

Dans le service, John Grey était le « bleu ».
L’équipe n’en faisait pas un fromage mais ils avaient tendance à le prendre pour une pâte molle. 
Reprenons.
Une sombre histoire.  Besoin d’un témoignage. Grey alpagua un noir pas clair à ses yeux et le conduisit au poste. Il avait bien vu que ce n’était pas un aigle, il le laissa mariner dix minutes avant d’entrer. 
Grey posa alors un regard d’acier en même temps que sa question. 
Rien. Puis un bredouillis. Et rien.  
Scruté dans le blanc des yeux et sommé d’ajouter un mot, le noir eut un blanc. Un tunnel, un véritable trou noir.
Blanc comme un linge, il restait muet comme une tombe.
De quoi déclencher une colère noire, certes, mais est-ce que ça soulage vraiment ? pensa Grey. 
Idées noires puis éclair. Un coup, un leurre... 
Grey embarqua le noir au « Rainbow » (avec l’idée qu'il se mette à table) en le mettant "au vert".
Sur place, ils s’y mettent. Un prétexte est vite trouvé. Le noir arrose l’important. Ce n’est pas un dessous de table. Non, c’est un coup de blanc. Levant le coude,  le noir est vite gris puis noir. 
Impossible de faire semblant tant ça se voit. 
A côté du noir, au comptoir, un blanc qui porte un bleu et une casquette est noir, lui aussi. Blanc bonnet et bonnet blanc ?
Le noir soudain loquace oublie Grey et échange avec le blanc au bleu des propos décousus. Ils sont chauffés à blanc.
Grey en est vert car il a compris qu’il n’aura pas d’aveux pour n’y avoir vu que du bleu. Il sent que son leurre est dans le rouge.
Et puis soudain, silence d'ivrognes.
Un orange passe. 
Surtout, pense Grey, faire comme dans le manuel, laisser passer l’orange.
Alors Grey se détend, il se sent l’esprit plus clair et pense aux chats la nuit. Son plan est à l’eau, il ne peut plus rien. 
Alors, tant pis pour le chef, je pourrais dire qu’il m’a échappé. 
Il hésite encore, et finalement son courage remonte d’un cran : il envoie le noir sur les roses. 
Grey rentre broyer du noir après avoir fait chou blanc.
Au fond, c’est troublant, se dit-il, d’interroger un possible témoin aux couleurs qui se nomme Red Brown et qui traîne son blues.

Voilà pourquoi beaucoup ce matin-là au poste pensaient que Grey n’étaient pas blanc-blanc dans cette affaire.
De là à passer pour un jaune…

samedi 4 octobre 2014

Moi je pense à la...

Disons-le, certaines tâches sont des nécessités. Elles nous conduisent à fréquenter des lieux où ce qu’on y fait dépasse ce pourquoi on s’y est rendu.
Il en est un, pratique, organisé, où nous nous rendons régulièrement en adoptant une conduite et une tenue qui semblent convenir à l’endroit, tel qu’il est conçu et tel qu’il s’utilise.

Nous ne sommes pas seuls à venir et c’est justement là que cela devient intéressant.

Lorsque l’on se trouve sur place, il faut toujours composer avec la configuration de l’espace et assez souvent attendre, ce qui donne du temps pour observer le microcosme.
On ne manque pas d’être frappé d’abord par ce qui se distingue de notre façon de faire, disons notre « méthode ».
L’œil est attiré, l’esprit s’aiguise, il s’agit de comprendre des différences, d’imaginer à quoi elles tiennent. On repère aussi des similarités, une certaine parenté si ce n’est confraternité dans l’approche, et l’on se sent moins seul...

Sur le matériel, la remorque y est l’arme absolue, pour celles et ceux qui la maîtrisent du petit doigt sur le volant, en marche arrière, mais ... l’arme peut se retourner contre son utilisateur.
Si celui-ci est peu habitué à la manœuvrer, arrimée ou détachée, il s’expose presque immanquablement à la tendresse humaine : des regards noirs qui le  transpercent, lui à qui l’on reproche d’encombrer et de faire perdre du temps.
Encore une remorque mal placée.

La bâche est soit un substitut soit un complément à la remorque très communément utilisé, que l’on possède un véhicule utilitaire ou pas.
Et elle peut donner lieu à de magnifiques envolées, pas forcément prévues certes, mais qui confèrent un lyrisme insoupçonné aux déchets verts éparpillés hors de la benne (bien sûr) parce que la bâche a cédé, crevé ou était mal ficelée...
Le même phénomène très mystérieux est observable pour les sacs poubelles indéchirables.
Enfin puisque nous abordions les fameux déchets verts, vous pourrez peut-être -si vous êtes chanceux- observer un jour un quidam vider dans la benne sa remorque d’herbe coupée ... à la fourche.
Le diable est dans les détails.
  
Ne parlons pas des poubelles, seaux et caisses de tous acabits, parfois entassés précairement par l’éco-citoyen qui, de plus très pressé, empile le tout inconsidérément et finit par consacrer un peu de sa vie précieuse à tout ramasser (en tout cas je l’espère bien) alors qu’il pensait déjà avoir la main sur la clé de contact pour redémarrer son véhicule.

Les méthodes pour éjecter sont variables, en solo, à deux et parfois plus.
On reconnaît bien vite les gens rôdés. On reconnaît aussi les tenants sans doute involontaires d'une qualification "pas débrouillés"... ou autre.
Il y a ceux qui viennent avec leurs gamins, dont je ne suis pas convaincu que ce soit pour éveiller les consciences quand on les voit courir et faire les cons partout. Passons. 

Certains usagers garent leur bagnole en plein milieu et font tout à la main.
Je ne suis pas certain qu’ils prennent garde à ne pas se faire éborgner et songent à anticiper les coups de portière mal placés. 
Selon leur niveau d’équipement, variante : il arrive que ce soit remorque à la main.
Pas moins.
Et ça peut confiner au chef d’œuvre, car ces génies sont aussi des chercheurs : alors ça, c’est quoi, ça va où, et où peut bien se trouver la benne ?
C’est évidemment mieux s’ils le font pièce par pièce ce qui prouve indiscutablement qu’ils sont partis la veille. Et vous comprendrez que je ne veux pas entendre parler du chargement de leur véhicule.
C’est avec eux qu’on se prend à penser résolument à des calculs idiots mettant en relation la masse et la nature du chargement avec le temps passé sur le site.
On ne les remerciera jamais assez.
Il est vrai que deux heures pour un vieux tasseau pourri et trois branches d’arbuste n’est pas à la portée du premier venu.
Plutôt du dernier parti. 
J’éprouve toutefois une tendresse pour ces minutieux : ils sont si loin des flemmards égoïstes qui balancent tout et n’importe quoi dans la même benne.

Sur la tenue, en toutes saisons, si j’y vais en très très négligé (sic) cela n’a rien à voir avec le fait que je n’aurais pas eu le temps de me  changer.
Non, c’est juste l’exacte et identique tenue avec laquelle j’ai chargé la voiture : un short ou un pantalon pourri, tâché, souvent déchiré, un tee-shirt de la même eau (?), des baskets de chacal ou des grolles à grosse semelle et puis quand même une paire de gants.
Bon, j’avoue, pas de cravate.
Cela met en avant mon côté caméléon qui permet que je me faufile incognito pour gagner des places à la benne. Faut juste que je fasse gaffe à ne pas me faire jeter dans une benne parce qu'on m'aurait pris pour un déchet. La déchetterie est une jungle, et la merde un combat.


Pour revenir aux tendances vestimentaires, en touchant à nouveau les rivages de l’insondable et de l’étrange, lorsque j’aperçois la tenue disons proprette ou bien mise, si ce n’est tirée à quatre épingles qui ne seront même pas jetées, de certains éco-citoyens venus jeter ce qu’ils sont venus jeter, je me demande 
a)     d’où ils tiennent le fameux « dress code »,
b)    pourquoi je ne suis pas au courant,
c)     dans quelle tenue ils évoluent par ailleurs en temps « ordinaire »,
d)    ce qu’ils mettent en temps exceptionnel, soirées, fêtes, voire mariages, enterrements.   
e)     Suis-je vraiment à la déchetterie ?


Mes amis, je vous le dis, la richesse vient de là, cette diversité avec son alliée, la surprise,  constamment possible. On s’ennuierait pas mal si on s’en tenait comme moi au BCBG (bien crade bien galeux)... non ?


Enfin on ne peut passer sous silence ce que l’on voit et ce que l’on trouve.
C’est un reflet particulièrement cruel de ce qui régit notre société et nous ronge : « j’achète/je jette » en passant par « j’utilise, j’use, je casse », avec un détour par « j’ai plus la place, ça ne me plaît plus, j’ai plus envie »,  sans oublier le triste constat « je ne sais pas, je ne veux pas savoir, j’ai la flemme d’aller chez Emmaüs ou au dépôt de récupérateurs du coin ». Individualisme roi. 

Et réparer semble un mot oublié, une tâche inutile, une perte de temps ?
Et que dire lorsque échanger, donner ou mettre à disposition... librement -sans passer par le nerf de cette guerre qui use- peut désormais faire courir le risque de paraître ... suspect, mais oui !
Et puis j’ai trop souvent l’impression, par exemple, que certains se débarrassent de leur cafetière électrique parce qu’ils n’ont plus de café.

Forcément, ça rend perplexe... Un peu comme si, de retour, ayant ramené mes poubelles et mes bâches, j’avais tapé ce texte en oubliant de retirer  mes gants.