lundi 31 octobre 2011

European department store

Accord Arraché Aberration   
Bonus Banques Bang
Croissance Crise Cinéma
Dette Discrédit Discours
Euro Europe Enfumage  
Fric Foutaises Finances 
Gesticulations Grecs Gogos
Hypocrites Honteux Hénaurme    
Irresponsables Inégalités Information ?
Justice Journal TV Jeu 
Kapital Kafkaïen Krach
Libéralisme Lisbonne 
Mensonges Manipulations Marchands
Nain Narcisse Nullissime   
Oukase Oligarchie Oppression 
Promesses Pitoyables Pantins
Questions questions questions
Réalité Rigueur Récession
Sommet  Spéculation  Soupçons
Tourbillon Télévision Théâtre 
Union Unilatéral  Usurpation
Vérité Voleurs Vendus 
Western Why ? Xérophtalmie   
Yo-yo Yakuza Yuan
Zorro Zone Zéro

dimanche 30 octobre 2011

Après ...

Tout est bien là
rien
vraiment n'a bougé
la lumière égale à l'ombre
pâte épaisse et pourtant
plus que jamais
et par quel soulèvement ou révolte
lumière
sans issue
les choses tout d'un coup
chaises table lampe horloge
vides
d'un naufrage
à n'en plus finir
à fond d'orage à fond
de l'épaisseur bleue des orages
à fond de pierres
choses vides
présentes et
vides
égales et
vides
je sais
à quoi ressemblera le monde
après
moi
 Il trionfo della morte  - Jean Lescure

vendredi 28 octobre 2011

De tout bois




 Comme annoncé plus tôt, voici deux vues de chaque façade terminée.

Bois

Malgré quelques caprices météorologiques, j'ai pu ces derniers jours avancer dans notre projet de construction. Voici :




Les jours à venir devraient me permettre de terminer les encadrements. Très vite une photo de chaque façade terminée et puis la suite ce sera à l'intérieur, avec toute l'isolation.

mardi 25 octobre 2011

Comme une piqûre de rappel

LA BALLADE DES GENS QUI SONT  NES QUELQUE PART

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
Et c'est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher
Qu'ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou de Zanzibar
Ou même de Montcuq il s'en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on trouve pas plus fin
Quand à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c'est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par
Les chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C'est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout coeur les malchanceux
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence
La présence d'esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon Dieu qu'il ferait bon sur la terre des hommes
Si on y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne
La race des gens du terroir des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n'aviez tiré du néant tous ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Evidemment je pouvais citer sans difficulté  n'importe laquelle des grandes très grandes chansons de Brassens, mais j'ai voulu avec l'air du temps mettre celle-ci en évidence, qu'on ne cite pas forcément d'emblée...

lundi 24 octobre 2011

Ainsi sont les sons

Jeudi 20, vendredi 21 octobre, deux soirées contrastées musicalement, même si la musique avait un fil conducteur américain, les groupes venant en majorité d'outre-Atlantique.
The Bad Plus, trio à l'orchestration jazz (piano/contrebasse/batterie) avec une esthétique rock et beaucoup de rythmes nous a proposé un set sans surprise, très fluide, agréable mais qui à mon goût manquait (un peu) de passion et (beaucoup) de surprise. Excellents musiciens, belles ambiances.

Ils avaient été précédés par un autre trio, Sidony Box, issu de la scène nantaise depuis quelques années.
Un power trio (guitare, sax, batterie) dont je connaissais seulement le nom et qui m'a vraiment emballé. Des compositions aux climats changeants, un groupe soudé, pas manchot : recommandé, s'il passe par chez vous.

Du jeudi au vendredi, changement de salle, plus intimiste avec The Fantastic Merlins (batterie, sax, contrebasse, violoncelle) un quartet américain accompagné pour l'occasion de Kid Dakota, chant et guitare, issu du rock alternatif US.
Un mélange des genres qui avait attiré mon attention pour un résultat mitigé.
Tous les cinq ont d'abord joué leurs versions de chansons de Leonard Cohen, une relecture ou une revisite plutôt réussie. Ensuite ce fut le répertoire de Kid Dakota, à cinq puis seul.
Enfin le quartet joua pour la dernière partie trois morceaux et un rappel plutôt enlevés montrant qu'il en avait sous la pédale, avivant par là-même quelques regrets, car ce fut la partie la plus intéressante musicalement.
Non que le reste fut insignifiant, mais la soirée nous aura fait naviguer sur différents registres en picorant, survolant sans approfondir.
Une soirée "découverte" pas mal mais un format de concert un peu bâtard au bout du compte.

dimanche 23 octobre 2011

P

Des primaires à l'UMP ?
Pas  la peine, c'est déjà fait : les primaires, c'est eux.

jeudi 20 octobre 2011

Rock bottom

En ces temps où je me suis mis à réécouter en piochant dans ma cédéthèque, le plaisir s'est révélé intact avec les disques de Robert Wyatt.

Cuckooland et Comicopera que vous apercevez au centre et à droite sur l'image sont des albums des années 2000. En attendant peut-être de parler d'autres de ses albums dans ma collection,  je vous propose une chronique de l'ALBUM mythique, à gauche, Rock Bottom.



1973. Après une soirée un peu trop arrosée, Robert Wyatt, déjà connu musicalement dans SOFT MACHINE et MATCHING MOLE, est victime d'une chute du 3e étage qui bouleverse sa vie à tout jamais.
Pour un musicien, ici un batteur, perdre l'usage de ses jambes est un drame, une catastrophe.
Un raccourci erroné, consensuel dans la compassion et tenace comme une légende, voudrait que "Rock Bottom" soit l'oeuvre issue de cet accident. Non.
Car Wyatt travaillait déjà à l'écriture de cet album avant la catastrophe. Mais...
il est indéniable que le disque s'en nourrit, se teinte d'un halo lumineux plus que particulier dans un brouillard qui, en nous privant de nos repères habituels, nous entraîne à explorer le sensible.
La pochette originelle d'un blanc clinique, aux limites de l'effacement ou de la transparence, nous amène à deviner plus qu'à distinguer les ombres d'un dessin enfantin, et fait que "Rock Bottom", pour l'auditeur qui va entrer dans son univers, est tout simplement bien plus qu'un disque.
rwrb
On pressent que l'on va se retrouver dans des contrées inconnues, des territoires peu explorés.
Et si l'on s'y prête, si on s'ouvre à ce périple, c'est (comme pour un livre) un disque de chevet.
Inexorable. Inoxydable. On plonge dans les profondeurs pour voler à des milliers de mètres d'altitude.
L'émotion à l'état pur. Plus loin que les mots, plus loin que les notes. Indicible littéralement.
Les fragments d'une humanité aux accents de vérité, un éclat qui nous entaille en plein coeur et s'adresse à l'âme par sa beauté, sa profondeur insondable et - presque incroyablement - insoupçonnée.
Avec "Sea Song", en ouverture,  aux fausses allures de chanson pop minimale douce amère, Wyatt nous raconte bien à sa manière une histoire sans queue ni tête, surréaliste. Et soudain, imprévisible, cela bascule tout à coup dans l'inconnu, vous agrippe et vous entraîne dans une irrésistible mélancolie. Que Wyatt nous amène avec lui à vivre un tel degré d'intimité peut sembler dérangeant, il y a comme un "cap" à passer, comme un seuil de l'acceptable, de ce que l'on cherche aussi, qui renvoie à "pourquoi écouter ça ?". Mais lorsqu'il supplie plus qu'il ne chante sur des nappes de voix angéliques qui ne viennent d'on ne sait où, on sent qu'on ne le lâchera plus. Cette plainte qui est sienne nous renvoie à notre condition d'humains.
"Alifib/Alifie" est l'autre grande pièce "névrosée" du disque. On est en partance. Comme un cheminement lent, progressif, lancinant dans une ambiance étrange, une folie aux décalages millimétriques presque imperceptibles, où Wyatt chuchote sur le ton de la confidence (et sans discontinuer) le nom d'Alifib. Un appel obsessionnel comme un énorme cri silencieux. Il crée par cette répétition la rythmique sur laquelle repose la pièce toute entière. Et, quand "Alfie" arrive, on sait qu'on ne peut revenir en arrière, le paysage se transforme, et l'on ne résiste pas aux interventions possédées de Gary Windo au saxophone, époustouflant de rage contenue.  Implacable implosion.

rwrb2
pochette de la réédition.
Au passage, voici les musiciens qui ont accompagné Wyatt ...
Mike Oldfield (guitare), Robert Wyatt (guitare, batterie, claviers, chant), Gary Windo (clarinette, saxophone ténor), Ivor Cutler (claviers, voix), Mongezi Feza (trompette), Alfreda Benge (voix), Fred Frith (piano, violon), Hugh Hopper (basse), Richard Sinclair (basse), Laurie Allan (batterie)
coda
Alors, peut-on aller jusqu'à dire que "Rock Bottom" survole tous les disques pop du vingtième siècle sans partage, comme on le lit souvent chez les adorateurs du disque ( comme d'autres d'ailleurs ) ?
Je suis toujours sceptique sur ce genre d'affirmation absolue car d'une part elle exclut, elle referme une trappe comme si on avait la prétention d'avoir tout écouté et d'être capable d'affirmer ça ! et,  d'autre part, elle contente narcissiquement son ou ses auteurs en tant qu'initiés qui font partie du cercle qui SAIT...
Pourquoi entrer dans un discours normatif pour une oeuvre inclassable ?
C'est pourquoi il me semble vain de se lancer dans une comparaison, un positionnement, une hiérarchisation.
Et dire seulement, cet album est magnifique. Et le répéter.
Car c'est déjà dire beaucoup. Et le faire écouter.
Et dire encore qu'il est admirablement situé là où il est.
C'est-à-dire AILLEURS.
Un disque, une expérience, parce qu'on n'est plus le même après.
Un voyage ...

mercredi 19 octobre 2011

AH AH AH.. . hum

Attendez-vous à trouver des choses de ce genre, si on "baisse"...
 exemple 1


QUELS SER€IENT LES EFFETS D’UN €B€ISSEMENT DE L€ NOTE?

Le triple € permet à l€ Fr€nce, déjà lourdement endettée, d’emprunter sur les m€rchés à un t€ux très bs. « Si on perd cette note, nos t€ux vont fl€mber », explique Nicol€s Bouzou. D’€utre p€rt, les deux tiers de l€ dette fr€nç€ise sont détenus p€r des non-résid€nts. « Ils €rrêter€ient immédi€tement d’€cheter nos emprunts si notre note est moins €ttr€ctive », €lerte M€rc Tou€ti, directeur des études économiques chez €ssy€ Comp€gnie fin€ncière. « D’€utre p€rt, cette h€usse se répercuter€it à l’ensemble des emprunts f€its p€r les entreprises et les p€rticuliers, ce qui pén€liser€it encore d€v€nt€ge l€ croiss€nce. »

 
Ou bien encore comme ça :
exemple 2 
 
QUELS SERAAIENT LES EFFETS D’UN AABAAISSEMENT DE LAA NOTE?

Le triple AA permet à lAA FrAAnce, déjà lourdement endettée, d’emprunter sur les mAArchés à un tAAux très bAAs. « Si on perd cette note, nos tAAux vont flAAmber », explique NicolAAs Bouzou. D’AAutre pAArt, les deux tiers de lAA dette frAAnçAAise sont détenus pAAr des non-résidAAnts. « Ils AArrêterAAient immédiAAtement d’AAcheter nos emprunts si notre note est moins AAttrAActive », AAlerte MAArc TouAAti, directeur des études économiques chez AAssyAA CompAAgnie finAAncière. « D’AAutre pAArt, cette hAAusse se répercuterAAit à l’ensemble des emprunts fAAits pAAr les entreprises et les pAArticuliers, ce qui pénAAliserAAit encore dAAvAAntAAge lAA croissAAnce. »


A moins que...
exemple 3

QUELS SERIENT LES EFFETS D’UN BISSEMENT DE L NOTE?

"Le triple  permet à l Frnce, déjà lourdement endettée, d’emprunter sur les mrchés à un tux très bs. « Si on perd cette note, nos tux vont flmber », explique Nicols Bouzou. D’utre prt, les deux tiers de l dette frnçise sont détenus pr des non-résidnts. « Ils rrêterient imméditement d’cheter nos emprunts si notre note est moins ttrctive », lerte Mrc Touti, directeur des études économiques chez ssy Compgnie finncière. « D’utre prt, cette husse se répercuterit à l’ensemble des emprunts fits pr les entreprises et les prticuliers, ce qui pénliserit encore dvntge l croissnce."


C'est  p.s  g.gné, non ? 

mardi 18 octobre 2011

Péremption

Le souci presque maladif de précision qui me caractérise m'amène à étudier si ce n' est éplucher inspecter (non plus) lire de A à Z les notices, les emballages, ce que je mets sur le compte à la fois de ma traque effrénée de la dimension poétique de l'éphémère dans sa splendeur dérisoire, sur ma volonté de donner une image de consommateur averti à qui on ne la fait pas, et d'une habitude contractée très petit où, même avant l'âge officiel du plein apprentissage de la lecture, je lisais absolument TOUT ce qui me tombait sous la main, y compris les lettres de la marque du frigo.
C'est donc parce que  vous êtes peut-être passés à côté de merveilles et autres plaisirs que je m'en vais vous conter de ce pas dans une sorte de voyage au pays des étiquettes (ou : la péremption,comment ça marche ?) ce que j'ai découvert.
Sans être péremptoire, la péremption, c'est - vous le savez bien - le fameux "à consommer avant" ou "jusqu'à"... mais plutôt "avant", amis du marketing, bonjour, et merci de nous mettre la pression, y compris sur la petite bouteille de tabasco et autres canailleries au piment  qui, question périssable, ne craignent pas grand-chose. Car, avouons-le, un amateur - même moyen- de piment achètera dans sa vie de mangeur de piment combien de bouteilles, hein ? Allez, pas des tonnes, et en plus c'est même pas vendu en packs de 12. Parce qu'alors, si c'est plus, il risque de se faire coffrer comme trafiquant.
Selon le produit, c'est bien connu, l'emballage change. Mais ce sera bien la seule chose.
Car il y a des constantes. Jugez-en.
Je prends mon pot de moutarde, au hasard dans le placard à provisions, et, pour monter une vraie expérimentation scientifiquement valide, n'importe lequel dans le pack de 12. J'avais une idée avec l'opercule fraîcheur, la capsule jaune, vous voyez. Eh bien, que lis-je ? "à consommer de préférence avant la date indiquée sur le sceau de garantie". J'ai bien fait de le lire avant car d'habitude le sceau de garantie il est direct poubelle après ouverture et adieu la péremption. J'ai donc ouvert un petit calepin et j'ai noté le renseignement pour ce pot (type verre à moutarde, rangé en haut à gauche de la 2e étagère, côté droit , le jour de l'observation) cette fameuse date, pour anticiper sur la connerie inévitable du sauvage qui ouvrira ce pot en saccageant le sceau de garantie.
Poursuivant mon enquête, et tirant de plus belle sur ma pipe, tel un commissaire Maigret dubitatif mais pugnace, j'empoignais une conserve au hasard et je lus : "à consommer avant voir date sur l'un des fonds de la boîte". Ce qui renforça mon air interrogatif. Le fond, oui mais lequel ? Intérieur ? Extérieur ? Haut ? Bas ? De quoi rester songeur, même si les boîtes dans leur grande bonté n'ont que DEUX fonds.
Je redoutais de découvrir bientôt une mention du genre " à consommer de préférence avant d'avoir ouvert", si ce n'est " à consommer de préférence avant solution dans notre prochain numéro".

Persévérant, je trouvai ensuite un " à consommer de préférence avant voir date figurant sur emballage".
Euh, ça tombe bien, je viens de tout verser le contenu dans un saladier, j'ai déjà balancé le reste. Enquête dans la poubelle, bref, je vous passe les détails, le marc de café, le gras du poulet... et puis ils pourraient pas causer français non ? Z'avez vu la tournure des phrases ? La syntaxe, MERDE !
J'ai aimé "à consommer de préférence avant voir ci-contre", ce qui nous mettait exactement à trois millimètres sur la droite et je me demande encore pourquoi ils ne l'ont pas écrit directement avant ci-contre.
C'était du poivre, peut-être que ça a un rapport ?
Je n'insisterai pas non plus sur une délicate formule " à consommer avant (jour) (mois) (année)date limite d'utilisation optimale ", écrit sur le rabat d'une boîte de céréales, rabat que l'on explose complet en ouvrant, vous l'auriez parié, car en plus ils ont raté l'oscar de l'emballage...
Non, j'ai une petite faiblesse, pour "à consommer de préférence avant voir au dos" avec ses variantes "voir sur le côté" (ça doit être de profil ) ou encore "voir au dos du paquet" ce qui constitue une précision d'expert entomologiste indispensable, car j'étais déjà parti chercher dans le dictionnaire...
Instructif, un peu inattendu, ce petit périple du genre " envoyé spécial chez moi", bonjour je vous parle en direct de mon  placard à provisions valait le (petit) détour.
Même si j'aurais aimé lire une petite formule du genre "à consommer avant le cachet de la poste faisant foi... dans le dos".
Allez, ce sera pour une autre fois.

lundi 17 octobre 2011

Infraordinaire Georges Perec

C'est peu dire que cet extrait me procure une émotion et une jubilation intenses. 
Le voici en partage.

"Ce qui nous parle, me semble-t-il, c'est toujours l'événement, l'insolite, l'extra-ordinaire : cinq colonnes à la une, grosses manchettes. Les trains ne se mettent à exister que lorsqu'ils déraillent, et plus il y a de voyageurs morts, plus les trains existent; les avions n'accèdent à l'existence que lorsqu'ils sont détournés; les voitures ont pour unique destin de percuter les platanes: cinquante-deux week-ends par an, cinquante-deux bilans: tant de morts et tant mieux pour l'information si les chiffres ne cessent d'augmenter ! Il faut qu'il y ait derrière l'événement un scandale, une fissure, un danger, comme si la vie ne devait se révéler qu'à travers le spectaculaire, comme si le parlant, le significatif était toujours anormal: cataclysmes naturels ou bouleversements historiques, conflits sociaux, scandales politiques...
Dans notre précipitation à mesurer l'historique, le significatif, le révélateur, ne laissons pas de côté l'essentiel: le véritablement intolérable, le vraiment inadmissible: le scandale, ce n'est pas le grisou, c'est le travail dans les mines. Les " malaises sociaux " ne sont pas " préoccupants " en période de grève, ils sont intolérables vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an.
Les raz-de-marée, les éruptions volcaniques, les tours qui s'écroulent, les incendies de forêts, les tunnels qui s'effondrent, Publicis qui brûle et Aranda qui parle! Horrible ! Terrible ! Monstrueux ! Scandaleux ! Mais où est le scandale ? Le vrai scandale ? Le journal nous a-t-il dit autre chose que: soyez rassurés, vous voyez bien que la vie existe, avec ses hauts et ses bas, vous voyez bien qu'il se passe des choses.
Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m'ennuient, ils ne m'apprennent rien; ce qu'ils racontent ne me concerne pas, ne m'interroge pas et ne répond pas davantage aux questions que je pose ou que je voudrais poser.
Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est il ? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, I'évident, le commun, l'ordinaire, l'infra-ordinaire, le bruit de fond, I'habituel, comment en rendre compte, comment l'interroger, comment le décrire ?
Interroger l'habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l'interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s'il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s'il n'était porteur d'aucune information. Ce n'est même plus du conditionnement, c'est de l'anesthésie. Nous dormons notre vie d'un sommeil sans rêves. Mais où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ?
Comment parler de ces " choses communes ", comment les traquer plutôt, comment les débusquer, ies arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu'elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.
Peut-être s'agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie: celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. Non plus l'exotique, mais l'endotique.
Interroger ce qui semble tellement aller de soi que nous en avons oublié l'origine. Retrouver quelque chose de l'étonnement que pouvaient éprouver Jules Verne ou ses lecteurs en face d'un appareil capable de reproduire et de transporter les sons. Car il a existé, cet étonnement, et des milliers d'autres, et ce sont eux qui nous ont modelés.
Ce qu'il s'agit d'interroger, c'est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. Interroger ce qui semble avoir cessé à jamais de nous étonner. Nous vivons, certes, nous respirons, certes; nous marchons, nous ouvrons des portes, nous descendons des escaliers, nous nous asseyons à une table pour manger, nous nous couchons dans un lit pour dormir. Comment ? Où ? Quand ? Pourquoi ?
Décrivez votre rue. Décrivez-en une autre. Comparez.
Faites l'inventaire de vos poches, de votre sac. Interrogez-vous sur la provenance, l'usage et le devenir de chacun des objets que vous en retirez.
Questionnez vos petites cuillers.
Qu'y a-t-il sous votre papier peint ?
Combien de gestes faut-il pour composer un numéro de téléphone ? Pourquoi ?
Pourquoi ne trouve-t-on pas de cigarettes dans les épiceries ? Pourquoi pas ?
Il m'importe peu que ces questions soient, ici, fragmentaires, à peine indicatives d'une méthode, tout au plus d'un projet. Il m'importe beaucoup qu'elles semblent triviales et futiles: c'est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d'autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité."
Georges Perec 
"Approches de quoi?"
publié en 1989 dans le recueil L'infra-ordinaire, Seuil éditions.

dimanche 16 octobre 2011

Mondial de rugby

L'équipe de France jouera la finale la semaine prochaine, selon un parcours et un scénario plus qu'improbables, marqués par deux défaites dans la première phase et par un jeu très loin d'être enthousiasmant. Une équipe qui a semblé en permanence friable, avec des  pannes, avec un mental en dents de scie.
Les signes avant-coureurs étaient connus:  défaites larges et même "fessées" ces derniers mois contre l'Australie, la Nouvelle-Zélande, défaite historique contre l'Italie lors des 6 nations, un tournoi ayant fait apparaître les grandes faiblesses de cette équipe.
En passant, ce qui m'a toujours surpris, en de nombreuses occasions, et au-delà de la compétition actuelle, c'est de voir à quel point le XV de France peut en comparaison des autres équipes sembler dépourvu de sens tactique. Comme si une incapacité culturelle des joueurs ne leur permettait pas de se conformer à un système de jeu, à en avoir un de rechange éventuellement et à s'adapter selon le cours du match.

C'est vrai que le rugby aujourd'hui a beaucoup changé.
Le jeu, les règles n'en sont pas toujours simples et porteuses de jeu, de mouvement. Le système. La Coupe du Monde existe depuis peu si l'on regarde bien (1987) et l'on sent la montée en puissance de l'empreinte du professionnalisme.
Les enjeux se sont déplacés, à la hauteur des budgets investis pour monter les équipes. Et regardons ce qu'est devenue la démentielle préparation physique des joueurs. Et les cadences ?
Pourquoi ne pas s'inspirer "à notre manière" du jeu pratiqué dans l'hémisphère sud, et ne pas perdre de vue que les joueurs là-bas jouent beaucoup moins de matches par an ?
Et les incohérences, de mon point de vue : comment peut-on accepter qu'un championnat se joue- avec des équipes amoindries - simultanément au Mondial, avec des joueurs -et pas des moindres en principe- étant absents en raison de leur sélection en Coupe du Monde ?

N'oublions pas le nombre de compétitions en augmentation (Coupe d'Europe qui n'existait pas avant, système de poules donc davantage de matches, plutôt qu'élimination directe...).
Alors, voilà, les trous d'air dans les performances des équipes viennent très certainement de là, avec des matches rapprochés (trop) où l'on a des modifications obligées dans les équipes, et donc des systèmes, des styles de jeu complétement effrités. Et on a pas mal d'équipes "frileuses" ou "restrictives".
 Tout cet ensemble, et j'en oublie sûrement, fait que le beau jeu qu'on aimait bien (anciens combattants !) n'est plus dans la lignée culturelle du système ambiant, qu'on voit des matches très fermés,ou apparemment brouillons, que dans un match même certaines équipes peuvent nous proposer le jour et la nuit, et que finalement, on peut ne pas jouer, ou très mal, et gagner, ce qui n'était pas forcément l'image (à tort ou à raison) que j'avais.
D'où la question. 
Tout bien pesé, est-ce que le rugby commencerait à mentir ?


PNO GTR VOX

Le nouvel album de Peter Hammill est un double cd, il comprend des morceaux enregistrés en public lors de ses shows en solo en 2010, où il s'accompagne à la guitare ou au piano.
Captés au Royaume-Uni et au Japon, dont le sous-titre "Live performances" précise bien qu'il s'agit d'une compilation de différents concerts, les morceaux de chaque cd représentent une entité thématique : le cd 1 " what if I forgot my guitar ?" contenant donc 13 titres au piano et le cd 2 " what if there were no piano ?" 14 titres joués à la guitare.


L'objet esthétiquement est très agréable, il s'agit d'un double cartonné fond blanc dont je vous propose la couverture. Les informations de pochettes au dos ou intérieures donnent les titres, et les crédits habituels. Il n'y a par ailleurs aucun commentaire.

Les quelques vidéos que j'ai pu écouter/voir ces dernières années me sont parfois pénibles, Hammill n'a plus et de très loin sa voix d'antan, l'énergie, l'urgence, la tension sont intermittentes, il s'accompagne d'aides-mémoire pour les paroles...
En résumé, cela change la donne, et si l'on ajoute qu'il n'est pas le meilleur instrumentiste qui soit, les concerts sont - à mon sens- bien loin d'avoir leur magie d'antan. Je n'ai absolument plus envie d'aller le voir.

Alors ce disque est - honnêtement ou bien en toute inconscience - le reflet des limites de Hammill sur scène aujourd'hui lorsqu'il joue solo. Beaucoup de morceaux semblent déjoués, il y manque l'intensité, la concentration sur leur interprétation, pris qu'est Hammill par la lecture de ses notes et son jeu d'instruments. Clairement, ça fait beaucoup.
Quelques morceaux surnagent (Times Heals, Nothing Comes au piano, Ship of fools guitare) ceratins restent très très moyens et n'apportent rien de neuf, et d'autres enfin sont exécutés c'est-à-dire massacrés (la voix étant à côté de la plaque : Easy to slip away, Driven) ... Moments pathétiques dont oon se passerait volontiers. Ceci ressemble bel et bien au bout du compte à un disque inutile.
Et je renouvelle cette remarque déjà ancienne, pourquoi caviarder, un concert en entier aurait eu de la gueule, mais cela semble bien trop tard désormais.
Alors, je dois bien avouer que mon rapport à l'artiste a évolué, ce qui semble normal, à mesure que le temps a passé. Je connais et suis sa carrière depuis maintenant un peu plus de 30 ans. Il est en activité depuis 1968, que ce soit en solo ou avec son groupe, qui existe toujours, Van der Graaf Generator qui a sorti un album en mars dernier, plutôt bon, d'ailleurs.
Ce n'est donc plus la surprise, l'attente mais désormais l'achat à chaque sortie, comme un remerciement pour l'ensemble de l'oeuvre. Celle d'un musicien-poète refusant toute compromission, auteur foisonnant qui trace sa route en toute intégrité et avec panache, même lors de ratages impressionnants.
Sachant cela, on peut écouter deux perles (parmi des dizaines et des dizaines) que je vous recommande vivement.

 

 






samedi 15 octobre 2011

Reprise - Van der Graaf Generator / A grounding in numbers (2011)

Suite au crash de la précédente version d'Interférences, je remets en ligne ici cette chronique. Je procéderai de même en d'autres occasions dans d'autres catégories si cela s'avère pertinent et que je récupère les textes.


Comment aborder le nouveau disque d‘un groupe dont on connaît par cœur la carrière et l’œuvre, que ce soient les musiciens ou la démarche musicale, les thématiques, le style et la structure des compositions, les plans, les riffs ? Il me paraît impossible de faire abstraction de cette connaissance, de ces références.
Alors, peut-être ne faut-il pas aller trop vite pour commencer, et se donner le temps de plusieurs écoutes afin que l’échafaudage sonore se construise peu à peu. Surtout lorsque l’on sait que ce groupe et sa musique ne se donnent que rarement (ou pas) d’emblée…
Parmi les premiers éléments d’écoute, il y a ceux qu’on distingue en appui, à quoi on s’agrippe, comme un peu déjà « balisés » parce qu’on les « reconnaît », des réminiscences (internes à l’œuvre du groupe dans un premier temps en tout cas) qui affluent à mesure et peuvent envahir parfois !
Mais il y a aussi ce qui émerge, et cela sans référence, sans connaître ou identifier : juste parce qu’on le reçoit, proche , « facile » d’accès, dans la sensibilité du moment et de l’humeur : une phrase musicale qui nous parle, ou juste un fragment, une inflexion vocale, un mot, un « quelque chose » qui nous harponne. Cela s’emboîte, en parfaite correspondance entre ce qu’on entend et ce qu’on attend.
Bien sûr, il y a aussi des espaces intermédiaires, inconnus ou qu’on cerne mal, des trous (noirs ?) à remplir, des zones d’ombre à explorer pour organiser mentalement l’ensemble du disque tel qu’on le reçoit, le perçoit. Enfin, il me semble aussi que la disponibilité et l’envie sont importantes.
J’écoute de plus en plus rarement un disque dès que je l’ai ! J’attends de trouver le moment opportun. Et puis le rapport à la musique change, et la distance change, parfois près, parfois loin, l’actualité (comme ici pour cet album) servant de repère. Concernant Hammill et Van der Graaf Generator, je sors d’une période « loin », où j’ai suivi les choses sans plus, pas très convaincu par Trisector (l’album de 2008), un peu débranché par la lassitude, avec une distance que n’a pas raccourci l’impossibilité récurrente de dates de concert en France.
Mais surtout… beaucoup pris par d’autres musiques.
Et maintenant, rentrons dans le vif du sujet, après ce long préambule.
On connaît ces musiciens par cœur, bien sûr, je les suis depuis plus de trente ans maintenant, leur carrière en fait plus de quarante ! Et il leur est sans doute difficile de nous surprendre ; j’ai bien sûr reconnu des terres familières, mais je n’irai pas jusqu'à parler de tics ou de prévisibilité car cet album contient de bonnes petites surprises.
J'apprécie la tonalité générale de l'album, qui a davantage mes préférences que Trisector (avec ce qui m’était apparu comme une indigestion d'orgue) et pour autant qu'une comparaison soit valide ! J'aime bien l'équilibre trouvé dans l'instrumentation.
Au niveau des lyrics, ce sera un point faible, car je ne suis guère emballé, même après quelques scrutations attentives. Un peu comme si PH était en pilotage automatique : je trouve que particulièrement, le morceau 2 « Mathematics », que j'aime plutôt musicalement, et le morceau 12 titré « 5533 » sont d'une rare stérilité à ce niveau. Il manque de façon générale l’étincelle dans l’approche ou la trouvaille marquante dans le discours, le point de vue. Tout cela est un peu standard. Faut-il en chercher une raison dans le côté « groupe », moins personnel ?
Musicalement, je trouve que l’album décolle vraiment à partir de « Highly Strung », un morceau enlevé qui me convient bien, malgré tout ce qu’il représente de basique, éculé, et même caricatural. Le reste de l'album s'enchaîne bien, et les instrumentaux dispersés tout au long me font l'effet de respirations ou parfois de ponts qui soudent bien l'ensemble.

Voyons les détails : l’album comprend 13 morceaux aux durées variables mais l’accent est mis sur les formats courts et concis. Avec 5 morceaux qui font un peu plus de 2 minutes, 3 un peu plus de 3 minutes, 1 seul un peu plus de 4 minutes, 3 un peu plus de 5 minutes et 1 dernier ( le dernier) un peu plus de 6 minutes. L’ensemble a un côté concis et même abrupt qui me convient.
J’aime les petites touches de nouveauté dans l’instrumentation, même si cela reste anecdotique. Au niveau vocal, j’ai trouvé un travail sur les choeurs plus prégnant qu’auparavant , et une voix de Hammill parfois à la peine. Côté son, mixage , c’est très clair, très propre, même si ça ne fait pas tout !

"Your Time Starts Now", ouvre l'album, pas très bien à mon goût, le passage du temps, encore et encore, on a compris Peter que c’est une… obsession ! Morceau « ordinaire », oui c’est bien fait, mais en quoi est-ce marquant et, sur le fond, est-ce très différent d’un Hammill solo ???

"Mathematics", musicalement plutôt pas mal, mais c’est tout, j’ai du mal avec ce qui tient lieu de lyrics, même avec l’identité d’Euler, désignée la plus belle des équations, ça n’implique pas… le plus beau morceau de tous les temps ! Bon, ça tourne à l’auto-parodie , pour ma part pas convaincant du tout , on est quand même loin de l’entropie et de son urgence...Stranger still... (1981 album Sitting Targets)

"Highly Strung" est un morceau enlevé, qui n’est pas sans défauts, facilités ou impasses, mais que je reçois comme un second départ de l’album. Le groupe se lâche un peu…C’est brut et nerveux (titre...), avec rien de bien marquant au niveau de lyrics traitant de l’artiste avant l’entrée en scène (ou sur scène) tel un acrobate en équilibre instable...

"Red Baron" (instrumental) est un bon moment pour moi, avec une ambiance un peu étrange, lourde et pleine de mystère, et le titre m’évoque (à tort peut-être) Von Richthofen, le célèbre « baron rouge » de la guerre de 14... Ce morceau instrumental évoquerait-il les manoeuvres d’approche avant le combat aérien ?

"Bunsho", ça continue bien avec ce morceau dont le titre, d’après ce j’ai pu trouver, est un mot japonais : à la fois le nom d’une période historique allant de février 1466 à mars 1467, également le titre d’une œuvre d’un écrivain, un certain Ryūnosuke Akutagawa (en 1924, Bunsho) mais encore Kasumi Bunsho, un artiste réalisant des peintures zen. J’aime les guitares de ce morceau. Les paroles renvoient à l’incapacité de l’artiste de déceler le meilleur dans ce qu’il a produit, d’être le juge objectif de son travail, et peut-être même son incapacité à hiérarchiser. Cela vaut également pour le public, qui pourra accueillir et couronner de succès ce que l’artiste considère faible, moyen ou banal, le même public pouvant allègrement passer à côté d’une oeuvre que l’artiste considère LUI comme essentielle en terme d’accomplissement ou d’achèvement. On est bien sûr un peu obligé d’y voir un petit clin d’œil oblique de la part de Hammill dans sa relation avec le succès et la reconnaissance publique.

"Snake Oil" qui suit est très acide sur le plan des paroles, PH y fustige entre autres les fausses valeurs que notre époque a mises au sommet en une espèce de liturgie perverse. Cette propension à avaler des couleuvres, celles des maîtres qu’on veut bien se donner, et le conformisme qui confine à l’imposture, évacue la réflexion et les questions, renforce les comportements moutonniers, mais aussi le repli sur soi ... Bref, confusion, démagogie, manipulation... Le territoire musical est familier, là, et l’orgue de Banton m’emmène bien, la construction du morceau avec l’accalmie vers 2 :00 est bien révélatrice de l’interrogation et de l’incertitude avant que le couperet ne tombe ! On enfonce le clou et la reprise en fanfare sur la fin (vers 3 :50 où l’orgue redémarre) clôture les choses en beauté, sans laisser place au moindre doute.

« Splink » (instrumental), court encore, atonal, à l’instrumentation inhabituelle, presque abstrait est un morceau que j’aime bien avec une bonne séquence de batterie d’Evans, avant de glisser sur la fin vers le suivant ...

"Embarrassing Kid" qui a une thématique très proche – lyrics –de Diminished sur Thin Air (album solo de Hammill en 2009). Davantage d'auto- dérision peut-être que d’angoisse à reconsidérer le passé et ses secrets... Musicalement, ça tourne un peu court, peu de variations, et après quelques semaines, c’est un morceau qui ne sort pas vraiment du lot et gagne peu à peu son statut d’oubliable !

Mais ça repart avec "Medusa" , là aussi, cela peut être bien sans faire long, ce morceau en est la preuve, le climat est retenu, presque recueilli, les lyrics presque subliminaux, se contentant d’évoquer, laissant très libre l’interprétation. Très réussi, un de mes trois favoris !

"Mr. Sands" qui vient ensuite est un morceau pour lequel j’avais beaucoup de mal au départ, quelques écoutes plus tard c’est mieux mais graduellement je sature : au niveau vocal PH me fatigue, comme s’il m’étouffait, dommage, comme s’il n’arrivait pas à poser sa voix. Lourd, quand même. Les lyrics sont plutôt réussis et intéressants, Mr Sands est un code, on lance un appel à Mr Sands lorsque dans une salle de spectacle il va falloir évacuer… sans semer la panique.

"Smoke" est par contre très décalé, un bon petit second degré perceptible sur le travail des voix...Les lyrics sont de plain pied « www » avec liens, souris, clicks et…les traces qu’on laisse à son insu…d’où l’invite à rester vigilant, et tenter ( ?) de maîtriser, contrôler... car il n’y pas de fumée sans feu ! J’aime le lien (tiens !) qui bascule dans ...

« 5533 » avant-dernier morceau qui, musicalement, a des parfums légers jazz impro, avec effluves crimsoniens, sur un registre chanté/déclamé qui fonctionne pas mal. Mais je ne remets pas de couche sur les paroles, il suffit !

Pour terminer "All Over the Place", avec lequel mon parcours est plus tourmenté : j’ai eu un peu de mal à apprivoiser ce morceau . Au bout du compte, j’aime beaucoup plus le début très rythmé, très répétitif, alors que j’ai tendance à décrocher après, quand ça devient plus « grave » certes, mais aussi malheureusement …un peu grandiloquent. Les lyrics traitent de la perte d’identité, sans rien de marquant (hélas) à mon gré.

Bilan, Red Baron, Bunsho, Medusa, Splink sont vraiment mes favoris, puis Snake Oil, Smoke, Highly strung, et les autres beaucoup plus mitigés ou intermittents… Dans l’album, on remarque qu’une thématique se dégage dans nombre de morceaux, sur l’identité, les codes, les traces et empreintes qu’on laisse, particulièrement dans le « cyberworld » que nous vivons aujourd’hui, ce qui donne une possible interprétation du titre de l’album « A grounding in numbers ». Tout est fondé sur les chiffres aujourd’hui, codes, traces qu’on laisse…
En 2011, VdGG c’est donc ça. C’est comme ça. Pourquoi refaire ce qui a été fait ? Inutile. Et je peux toujours retourner écouter par exemple Godbluff (1975), je l’ai, mais en fait, je les ai tous ! Alors ne pas chercher midi à quatorze heures, on ne « récalcitre » pas, c’est pas le disque que j’attendais, de toute manière ce n’est jamais le disque qu’on attend !

Un extrait ?

jeudi 13 octobre 2011

Ce qui me gonfle vraiment

J'en ai assez de constater que depuis quelques années lorsque l'on parle de résultats intermédiaires d'élections, à l'issue du 1er tour, on est "qualifié"...  pour le 2e tour.  Voilà, ces jours-ci on a même deux finalistes ... N'importe quoi. Quelle connerie, et que vient faire cette terminologie sportive là-dedans.
Quel triste état révélé dans la manière d'en parler...

mardi 11 octobre 2011

lundi 10 octobre 2011

Notes sur sons

La semaine dernière s'est achevée jeudi 6 et vendredi 7 par deux concerts en soirée, une succession pas toujours facile, et je ne parle pas en l'occurrence de fatigue, mais de la transition d'un univers à un autre. 
Il m'est arrivé par le passé, mais dans le cadre d'une même soirée composée de deux ou même trois parties, d'avoir "du mal" à quitter une ambiance, un univers pour me replonger dans un autre, en l'espace de vingt ou trente minutes. Ce type de soirée, qu'on retrouve dans les festivals du type Le Mans par exemple, me donne de plus en plus de mal au fil du temps. C'est le "risque" dira-t-on... J'ai en tête des soirées où les premières parties m'ayant emballé, il a fallu "ramer" pour la suite !
Mais, dans ce cas précis, c'était plutôt plus facile, on était déjà sur deux soirs, avec deux configurations et styles différents sur bien des points.
Un duo le premier soir, guitariste et chanteuse, une grande salle (350 places environ). Le second soir, nous étions en petite salle (70 personnes peut-être) un quintet, uniquement instrumental avec deux saxophones alto, une guitare, une contrebasse électrique et une batterie.
Jeudi soir donc, après une première partie de 45 minutes avec le trio Lower B (sax soprano, contrebasse, batterie) aux longues compositions bien charpentées et que j'ai bien appréciées, ce fut le concert -très attendu visiblement- de la chanteuse coréenne Youn Sun Nah (voix, kalimba, boîte à musique, kazoo) plus qu' accompagnée par Ulf Wakenius, guitariste suédois d'une grande virtuosité qui a su aussi faire passer des touches délicates d'émotion dans son jeu.
J'ai peut-être déjà dit quelque part que j'ai du mal avec le vocal du côté du jazz. Cela n'a pas changé, mais les louanges entendues et lues sur la chanteuse valaient bien le déplacement et puis, pourquoi le cacher, j'étais à peu près sûr que my wife allait apprécier. Alors je l'ai emmenée  !
La voix effectivement est très impressionnante, sidérante de pureté et de flexibilité. La "règle du jeu" souvent est que l'étendue du registre vocal de l'interprète est bien sûr mise en évidence par le choix du répertoire (John Coltrane, Tom Waits, Randy Newman, une reprise de Ferré - Avec le temps- , et même une relecture d'un morceau de Metallica !).
Mais (et vous l'attendiez ce "mais" !) j'ai du mal à me départir du côté extrêmement technique de la chose, je n'ai dans la soirée jamais vraiment été réellement ému, car tout est très calibré, balisé, bien en place, ou même parfait, disons-le. Mais, du coup, un peu figé aussi...

Le vendredi ce fut le quintet de Hasse Poulsen, guitariste danois que je commence à bien connaître, je l'ai vu en diverses occasions sur différents projets (avec Hélène Labbarrière, ou das Kapital entre autres).  J'apprécie particulièrement le disque "Une certaine forme de politesse" en trio avec Guillaurme Roy violons Bruno Chevillon contrebasse, où la musique se veut abstraite, "chambriste" et joueuse à la fois.
La soirée fut bonne, rien d'emballant réellement, mais "confortable"... et pourquoi pas ?
En deux parties de 50 minutes, le groupe nous a joué l'essentiel du dernier album Progressive Patriot. Album basé sur une réflexion politique tirée d'un livre du musicien anglais de gauche Billy Bragg, qui analyse et conteste qu'on ait pu laisser les extrémistes de droite s'emparer du drapeau, de la nation, ce qui avouez-le est d'une belle actualité...
Musicalement, le groupe (Hasse Poulsen guitare, Stéphane Payen et Guillaume Orti, tous deux sax alto, Henrik Simonsen contrebasse électrique, Tom Rainey batterie) alterne à 3, 4 ou 5 dans la même composition ou d'une compostion à l'autre. C'est plutôt énergique, sans surenchère, mais pas systématiquement.
J'ai parfois été dubitatif devant le doublon des sax alto que j'ai trouvé au mieux redondant au pire paralysant et contraignant dans l'expression musicale, et par contre, rien que pour ça, il fallait y être, Tom Rainey est quand même un des tous meilleurs batteurs du monde, et j'ai vraiment pris un plaisir immense à le regarder jouer, éblouissant, concentré, dense...avec une palette complète.
Le concert s'acheva sur un morceau d'une belle douceur et sensibilité concluant deux soirées fort plaisantes au bout du compte.

dimanche 9 octobre 2011

2 par 2

Je participe à ce jeu ... dont le thème retenu est "couple".
Alors j'ai choisi ceci, titré : L'évidence mère-fille : proposition pédestre, 1.




















Vous aurez compris qu'elles me sont proches et chères (très !).

Superbement dit

Quelques caniches de l’audiovisuel auront donc pour mission, cette année, de servir la bonne pâtée à des clients électoraux. Le spectacle devrait avoir de l’allure. Quel bonheur d’être au balcon ! Nous savons bien en effet, puisque la maison brûle, que la dernière cartouche de l’ultralibéralisme est de créer de l’invisible là où ça souffre et saigne.
Pierre-Louis Basse

mardi 4 octobre 2011

Il faut lire Jules Supervielle

Encore frissonnant

Sous la peau des ténèbres,
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Épargne encore un peu
Ce que j'ai de nocturne,
D'étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

lundi 3 octobre 2011

Au nom du peuple

Extraits :


Il est très mal vu, dans le monde des médias officiels, qu'ils soient de gauche ou de droite, de célébrer la décence des gens ordinaires ou la capacité du peuple à se gouverner directement lui-même.
Il s'agirait là au mieux d'une illusion rousseauiste (chacun "sait bien" en effet que l'homme est mauvais par nature et donc toujours prêt à nuire à ses semblables) et, au pis, d'idées populistes, "dont on ne sait que trop où elles peuvent nous mener".
Il est néanmoins curieux que le zélé personnel médiatique ne songe jamais à appliquer son anthropologie négative aux élites elles-mêmes.
Il tient toujours pour acquis, en effet, que ceux qui nous gouvernent - ou dirigent les grands institutions internationales (du FMI à la banque Mondiale en passant par l'ONU) - sont, quant à eux, des individus admirables qui s'efforcent, en toute circonstance, d'accomplir leur devoir du mieux possible. La maxime du "tous pourris" serait donc, en résumé, immonde lorsqu'elle est appliquée aux classes dominantes mais tout-à-fait plausible, en revanche, dès qu'elle concerne les gens ordinaires.
Et, de fait, il n'existe aucun mot, dans le vocabulaire politique officiel, pour désigner ce qui serait l'attitude symétrique du "populisme", à savoir la tendance à idéaliser le monde des élites et à protéger en permanence leur réputation (ce qui constitue un bon résumé je crois du métier de journaliste moderne qu'il s'exerce sur TF1 ou Canal +).
Sauf peut-être le verbe "ramper".

(c) Jean-Claude Michéa, Le Complexe d'Orphée, livre qui sort cette semaine...