mercredi 30 novembre 2011

Pêche en nos troubles

Vécu il y a peu. Transports en commun. Une maman avec ses deux petits. Parlant plutôt fort, braillant pas mal. La maman, hein. J'avais sorti mon bouquin. Inquiétude fugace, mais bon. Restons tranquille et positif.
D'un côté, la petite famille fait son train comme on dit  (même dans le tram), et pour ma part, j'ai décroché de mon texte.
Un monsieur est assis face à la maman et ses deux enfants. Laquelle continue de s'adresser plutôt rudement à sa progéniture, on connaît ça, les milieux populaires et tout et tout...
A un moment, le portable de la dame sonne, elle fourre illico sa main dans la poche de son parka, et patatras le portable se retrouve par terre.
Le monsieur se penche, ramasse et rend l'objet à la maman.
"Je vous remercie, c'est gentil ! " dit-elle.
...
Cette formulation, parfaite, adaptée, pleine de courtoisie,et même de douceur, m'a surpris.
Impressionné. Favorablement. Elle peut le faire ! Elle sait le faire !
Je me suis pris à regretter que la maman ne soit pas davantage sur ce registre avec ses loupiots.
Mais j'ai aussi pensé qu'en certaines situations, à certains moments, elle devait sûrement le faire.
Sur cette pensée optimiste, je descendis : j'étais à destination.

lundi 28 novembre 2011

Take it or leave it



Ne pas laisser entendre,
Mais laisser à penser,
Sans laisser faire
Sans laisser échapper,
Ne pas laisser tomber.

Ne pas laisser pour mort,
Non, laisser rêver
Laisser à désirer,
Sans laisser abattre,
Ni laisser aller.

Laisser arriver,
Ne pas laisser choir,
Ou laisser courir, 
mais laisser venir.

Laisser espérer 
Oui, laisser dire 
Laisser faire,

Ne rien laisser paraître 
laisser voir 
Et parfois laisser passer,
Laisser pisser  
oui, laisser refroidir
Laisser reposer
laisser retomber 

Laisser ou prendre
prendre ou laisser 
Se laisser prendre

A prendre, à laisser 

Apprendre à laisser

dimanche 27 novembre 2011

Eh bien, non.

Vous pouvez lire soit d'un ton irrité, soit d'un ton très doux (je crois que c'est même encore mieux !).


Depuis nombre d'années (car la droite est quand même au pouvoir depuis pas mal de temps quoi qu'elle en dise et quoi qu'elle veuille ESCAMOTER) et de plus en plus nettement dans les mois à venir avec radicalisation de campagne électorale, c'est du garanti et ça a déjà commencé, - suivez mon regard - un phénomène étrange s'est mis en place pour nous anesthésier.
On nous dit qu'il y a en France certains privilégiés et même des fraudeurs qui vont devoir en rabattre sur les aides, qu'on va contrôler ambiance FBI. 
Ah oui, trop bien. 
Stigmatisés, ils sont la honte du pays, ils l'empêchent de se "moderniser", ce sont des boulets (parfois même des putains de salauds de pauvres assistés et feignants, et des fois même pas français, dis donc) qui ne jouent pas collectif. 
Victimes d'un rêve éveillé, les rougeurs sur leur peau montrent qu'ils se pincent, car ils ne comprennent pas - eux, si modestes, si petits - pourquoi ils sont privilégiés... Et comment cela a pu se produire, alors que rien, tellement rien, n'a changé (en mieux, bien sûr) dans leurs situations...

Manipulation éhontée et indécente des esprits, orchestrée avec la complicité des médias en guise de carpettes, ce système défait des vies, brise du lien, casse les gens et les familles, broie de l'humain en semant la division... 
Et celui et ceux qui le mettent en place appellent, en temps de crise, à la "responsabilité" (mais uniquement celle du cochon de payant qui se serre la ceinture), en n'assumant pas la leur depuis toutes ces années, se défaussant sur une situation globale qu'ils n'ont en rien contrariée. Et, éthique gravissime, en dévitalisant dans cette confusion et ce mensonge cette belle et noble idée de responsabilité.
Détournant donc l'attention de ceux qui sont les véritables responsables, les vrais privilégiés, les vrais nantis, les vrais assistés...Suivez mon regard -bis. 
Ceux-là n'ont qu'une idée : leur appétit de pouvoir, de domination, d'appropriation, de fric doit démanteler la solidarité, la priver de moyens publics (au nom des efforts collectifs, dont ils s'excluent bien sûr), et à terme briser l'Etat. 
Etant tenu et entendu comme acquis qu'agir ainsi doit devenir la "norme citoyenne", évidemment, avec la flatterie basse et odieuse, au nom du miroir aux alouettes de 2007, de la noble "prise de risques" (LAQUELLE en vérité ?) et ceci au nom de l'exemplarité, d'une philosophie à un euro cinquante, au nom de l'individualisme le plus abject qui vise à marcher sur les autres pour "avancer".
Et donc ce serait comme ça, on devrait se plier, on devrait se fixer à ce modèle terriblement attrayant  ?

...
Non.

Cette manipulation n'a d'autre but que de faire passer des vices privés pour des vertus publiques.
Aujourd'hui, s'il y a de l'espoir, c'est que tout cela a fini par se voir, se savoir. 
Faut y aller. Flanquer ces imposteurs dehors. Sortir les ordures.

samedi 26 novembre 2011

Pépite


Une perle cachée dans le premier album solo de Fish, l'ex-chanteur de Marillion, un progressive group qui dans les années 80 marchait sur les brisées seventies du Genesis de Peter Gabriel.
Si j'ai perdu le fil de Marillion assez vite à l'époque, suite au départ de Fish justement, la carrière solo de celui-ci ,erratique, a fini par me décourager, mais sur l'ensemble, sa voix est particulièrement fruitée, incarnée, et les textes très souvent inspirés.
Ce morceau est superbe.
Pourquoi cette mélancolie m'apaise-t-elle autant ?

vendredi 25 novembre 2011

ET si...


Portait chinois repris chez Dasola, ici.

Un monument: Les fantômes de Landowski
Une héroïne ou un héros romantique: Ruy Blas
Un animal: la tortue
Un état d'esprit: l’indépendance
Un paysage: côte rocheuse bretonne battue par le vent
Un défaut: l’indépendance
Un alcool: un vin rouge
Un rêve: apprendre comme si je devais vivre toujours
Une maison: la mienne
Une série télé: Le Prisonnier

Attente

L'attente semble suspendre le temps qui passe pourtant.
Je m'aperçois que je vis bien ces moments-là, qu'on les appelle temps morts, ou creux.
Une manière de les accepter. De les recevoir.
Le temps passe même si rien ne se passe, simplement mes pensées vagabondent et défilent.
J'observe les visages, les dégaines. Contemplatif, perméable.

Toutes les attentes n'ont pas le même objet, ce qui peut changer la manière d'attendre.
Une file dans un magasin pourra me voir engager la conversation, mais pas toujours.
Un rendez-vous médical, même de pure formalité, bénin, me verra immobile, assis comme debout.


Mais, que je sois immobile, le temps m'emporte quand même, dans le futur, dans l'après.
Je peux attendre aussi en cheminant, en arpentant, passant et repassant au même endroit.


Quel que soit le cas, j'arrive aisément à m'extraire ou m'abstraire quelques minutes, je pars, je suis ailleurs, là et pas là. 
Est-ce de la patience ? Peut-être, une capacité à méditer, à trouver, à créer spontanément un espace intime et indépendant, tel un refuge ne donnant pas prise à l'extérieur.

Paradoxalement (?) je n'aime pas qu'on m'attende, je n'aime pas faire attendre. J'aime être à l'heure.

jeudi 24 novembre 2011

Eux, ils, nous



SI ça vous tente...
Vous avez une heure et quelques poussières devant vous ?
Allez, rendez-vous ici : Magnifique

mercredi 23 novembre 2011

Quelques livres plus loin

Lus très récemment.
L'Idole de Serge Joncour (paru en 2004) ne m'a guère convaincu.
L'idée est intéressante au départ, quelqu'un qui devient connu en ne sachant pas pourquoi et se met à être sollicité en permanence, sous prétexte qu'il est la vedette du moment qu'on s'arrache.

Frangin c’est son nom, connaît ce sort délirant d'une exposition médiatique maximale et inexplicable, à ses yeux, puisqu'il ne sait pas d'où lui vient cette notoriété, lui qui à priori n'a aucun talent.
On suit son parcours de poupée malléable, disponible, souriante, etc. Symbole du vide, du creux, du toc, du jetable, appelez-le comme vous voulez.
L'ensemble m'a paru un peu long, trop bavard, je pense que la brièveté aurait évité le côté un peu systématique de l'exploration de tous les rouages du système, d'autant plus que le suspense n'est pas l'argument, la fin étant évidemment très prévisible. Dommage, un manque d'explosivité ou de férocité qui au bout du compte ont provoqué chez moi un peu de lassitude.

Comment je suis devenu stupide, de Martin Page m'est carrément tombé des mains.
Seul le titre attractif m'aura attiré, le côté décalé, mais j'ai vite déchanté. Sous de faux dehors un peu obliques, on est hélas très vite dans le "droit chemin" très moralisateur et l'écriture ne m'a pas aidé. Ennui, très vite.
A oublier.
Dans la série, série uniquement temporelle car j'ai emprunté les trois bouquins en même temps, j'attaque un troisième ouvrage, L'étourdissement, dont je reparlerai bientôt.

dimanche 20 novembre 2011

Inchangé, renouvelé, toujours

Echanges
Dans la flaque du petit jour
Ont bu les longs oiseaux nocturnes
Jusqu'à tomber morts alentour
Au dernier soupir de la lune.

Voici les flamants de l'aurore
Qui font leur nid dans la lumière
Avec la soie de l'horizon
Et le vent doré de leurs ailes
 

Jules Supervielle in Suffit d'une bougie / Gravitations 1925

vendredi 18 novembre 2011

JH



Well, I stand up next to a mountain
And I chop it down with the edge of my hand

Yeah

Well, I stand up next to a mountain
And I chop it down with the edge of my hand
Well, I pick up all the pieces and make an island
Might even raise a little sand

Yeah
'cause I'm a voodoo child
Lord knows I'm a voodoo child baby
I want to say one more last thing
I didn't mean to take up all your sweet time
I'll give it right back to ya one of these days

Hahaha

I said I didn't mean to take up all your sweet time
I'll give it right back one of these days

Oh yeah

If I don't meet you no more in this world then uh
I'll meet ya on the next one
And don't be late
Don't be late

'cause I'm a voodoo child voodoo child
Lord knows I'm a voodoo child

Hey hey hey

I'm a voodoo child baby
I don't take no for an answer

Question no
Yeah

jeudi 17 novembre 2011

Calculez vous-même votre çondage comme un grand

Je vais vous esspliqué comment que ça marche les çondages. 

Alors voilà : 
57% des Français estiment que le candidat cela est plus solide que le candidat ceci selon un çondage. 
(J'espère-je que vous suivez parce que moi non.)
Sondage IFLOP réalisé par téléphone les 35 et 36 septembre, auprès d'un échantillon de lessive (sans cadeau) de 957 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, sélectionné selon la méthode des gros tas.
Egalement sondage CSB réalisé par nuage de fumée le 33 octobre, toujours auprès d'un échantillon national de lessive (avec cadeau) de 1.004 personnes âgées de 18 ans et plus, sélectionné selon la méthode des toquards. .
La marge d'erreur est d'environ  plus ou moins trois (3) points de pourcentage.

Précision :
Eblouissants, TOUS les  journals continuent parallèlement à commander des çondages et à bien préciser que ça ne vaut pas tripette au niveau résultats. 
Emouvante abnégation, remarquable acharnement...

Sur celui-ci, du candidat cela qui est plus ceci, pris au hasard puisqu'il n'y a qu'à se baisser pour ramasser, on notera avec profit l'utilisation extrêmement rationnelle et rigoureuse du mot "cela" qui laisse un peu songeur, car on ne sait pas bien ce que ça veut dire, et "solide" ( on sait pas non plus) à moins qu'il n'y ait un rapport avec l'état de la matière et l'on peut s'attendre logiquement dans quelque temps, c'est-à-dire quelques çondages plus tard,  à "liquide", puis "gazeux" en cas de transformation...ou d'évolution.
Plus subliminal que la sublimation serait de dire que si SOLIDE renvoie à ETAT, c'est donc une allusion aux moyens que lui permet sa position de ministre d'Etat.
C'est ainsi que le candidat ceci dispose d'un potentiel et d'une force de frappe loin d'être négligeables et, en ce sens, SOLIDE, c'est bien le moins qu'il puisse faire.

Pour terminer, revenons au mode de calcul utilisé dans ces çondages. Parce que, hein, comment ils font 57 ?
Alors, 36 septembre - 35 septembre = 1
33 octobre - 18 ans = 15  d'où 1+5 = 6
1004 personnes  - 957 personnes = 47
d'où :
1 + 6 + 47 = 54
Incorporons maintenant la marge de 3 :
54 + 3 = 57 %
CQFD


mercredi 16 novembre 2011

Pour que les claques ne se perdent pas...


Toujours aussi imposteur et manipulateur, le gugusse qui a dépecé le système social français
nous explique avec aplomb et hauteur de vue à talonnettes qu’il en est le seul défenseur protecteur et compétent. Depuis qu'il nous protège,n je n'ai jamais été aussi inquiet pour mon pays.

Un éclat de rire général silencieux m’étreint, qu’on peut entendre jusqu’aux fins fonds de mon département quand j'entends ce genre de conneries puisqu'il faut appeler les choses par leur nom...

Et les vendeurs de papier ou de spots publicitaires de nous expliquer "qu'il frémit dans les sondages"...

Mais…sans dire, alors que c'est évident... 
Que...
Ce seront les mêmes recettes, les mêmes ficelles.
Car les choses n’ont pas changé.
Les chiens chiens à son maître se sont ridiculisés dans la convention anti-PS tenant du juste prix, les chiens chiens qui ânonnent les éléments de langage,… d’une outrance proprement stupéfiante.
Et puis le récent G20 est un échec pour le soi-disant maître du monde, et l’interview avec le président US était un cirage de pompes éhonté, et... la chambre à 37000 euros passés sentait très fort le… comment déjà… bling bling !  Ah merde, encore ce morceau de sparadrap qui ne se décolle pas. 
Non pas ça ! IL a changé. Juré promis. Ce grand menteur.

Et si l’on voulait en rajouter, ça repart sur l’identité, les fraudeurs, l’assistanat, les tricheurs…C'est d'une tristesse. ..
Alors, reprenons calmement, et tiens, question "tricheurs", répétons certains mots importants : Affaires,  Emploi, Croissance, Impôts (etc.) que l’on peut regrouper en un seul, auquel il va essayer d’échapper avec toutes sortes de complicités et pressions :
BILAN.


Promenade nocturne

Nous sommes qui nous ne sommes pas, la vie est brève et triste.
Le bruit des vagues, la nuit, est celui de la nuit même; et combien l'ont entendu retentir au fond de leur âme, tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume résonnant dans les profondeurs! 
(...) 
Et tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, est devenu pour moi le secret de la nuit et la confidence de l'abîme. 
Que nous sommes nombreux à vivre, nombreux à nous leurrer ! 
Quelles mers résonnent au fond de nous, dans cette nuit d'exister, sur ces plages que nous nous sentons être, et où déferle l'émotion en marées hautes !
Ce que l'on a perdu,(...) ce qui était un souvenir, alors que nous croyions à une émotion; et l'océan tout entier, arrivant, frais et sonore, du vaste fond de la nuit tout entière, écumait délicatement sur la grève...
(...)
Qui d'entre nous sait seulement ce qu'il pense, ou ce qu'il désire? 
Qui sait ce qu'il est pour lui-même? 
Combien de choses nous sont suggérées par la musique, et nous séduisent par cela même qu'elles ne peuvent exister !  La nuit évoque en nous le souvenir de tant de choses que nous pleurons, sans qu'elles aient jamais été ! 
Telle une voix s'élevant de cette paix de tout son long étendue, l'enroulement des vagues explose et refroidit, et l'on perçoit une salivation audible, là-bas sur le rivage invisible.

(extraits choisis du Livre de l'intranquillité, Pessoa )

dimanche 13 novembre 2011

Patience

Samedi dernier en tout début de soirée (séance de 18h25) nous sommes allés voir "Il était une fois en Anatolie" de Nuri Bilge Ceylan, un film primé à Cannes (Grand Prix du Jury).
Ce n'est d'ailleurs pas la récompense obtenue qui a motivé notre démarche mais les quelques  lignes lues ça et là, donnant les contours d'un film au minimum intrigant.

Après un préambule où l'on observe trois hommes dans un garage automobile, de l'extérieur, eux sous une lampe blafarde et le spectateur derrière la vitre, on se retrouve en pleine campagne, la nuit.
Les phares de trois véhicules se rapprochent, suivant les virages d'une route de la campagne turque, paysage désert et désolé.
En plusieurs arrêts, près de fontaines et d'arbres (éventuels point de repères qui se ressemblent tous), nous découvrons un groupe d'enquêteurs, assez nombreux, qui essaie de faire retrouver et de se faire indiquer par deux hommes menottés où ils ont enterré le cadavre de leur victime.
On saisit rapidement que l'enquête n'aura absolument aucune importance, étant donné qu'il n'y a pas d'énigme à résoudre véritablement. A part un procureur, des policiers, un médecin qui ont bien du mal à parvenir à leurs fins, les deux suspects n'étant pas précisément coopératifs.
Le trajet nocturne, d'une étape à une autre, permet peu à peu de faire connaissance avec ces hommes dans les voitures où ils discutent et au fil des arrêts. Quels qu'ils soient, la nuit s'y prêtant, trompant l'ennui, meublant l'attente, les hommes livrent quelques confidences, profondes ou futiles, qui révèlent leurs failles, leurs doutes, leurs colères aussi et peut-être même leur résignation.
La nuit n'apportera pas de réponse sur le lieu recherché, elle s'étirera dans la fatigue de tous pour se conclure dans un village voisin. Là, se tiendra un repas nocturne un peu irréel, à l'image de la presque "vision" de la jeune fille du maire, surgie comme un rêve, venue servir les boissons et apporter les lampes à la suite d'une panne électrique. Les arrachant à la réalité, ce sera elle la seule lumière -lueur d'espoir- de cette nuit insatisfaisante et épuisante.
Toute la première partie de nuit (et de film) nous a montré des personnages avançant dans l'inconnu, et ce n'est pas parce que le jour s'est levé que tout va changer.
La découverte du cadavre, le rapport d'enquête dicté et tapé en plein air vont en renforcer le côté improbable, à la fois tragique et absurde des choses : tous peinent visiblement à trouver ou donner du sens aux vies qu'ils mènent.
Ces doutes se traduisent dans le film par un rythme lent, des plans contemplatifs sur les paysages comme sur les visages, comme si les hésitations et incertitudes nous étaient données à vivre dans leur durée, sans ellipse. Cette approche fait que le film "se mérite", il faut réellement être patient, dépasser les atermoiements, les répétitions dans les faits et gestes des personnages. Ce rythme à contretemps du zapping permanent de notre époque est un vrai défi, remarquable et précieux.
La deuxième partie du film, au grand jour, sera relativement moins feutrée que la nuit, avec la foule qui houspille les suspects, la rencontre de l'épouse et du fils de la victime, et enfin, l'autopsie du cadavre dans des conditions plutôt spartiates, moment glacial et noir d'ironie.
Nous découvrons alors plus précisément l'ordinaire routinier du médecin, dont on sait depuis un moment qu'il a divorcé. Souvent perdu dans ses pensées, il est très à l'écoute, et parviendra à recueillir le secret du procureur, secret qui montre un peu plus s'il le fallait la complexité des vies et des gens.
La fin (ouverte) s'achève par un regard par la fenêtre de l'hôpital.
Le médecin observe longuement des enfants en train de jouer au ballon.
Espoir ? Nostalgie ?

Un très beau film.



samedi 12 novembre 2011

Aventures dans les bois

Le 11 novembre fut l'occasion de retrouver des amis et, selon les goûts de chacun, la deuxième partie de matinée vit certains d'entre nous, marcheurs enthousiastes, se mobiliser pour une petite randonnée destinée essentiellement à profiter du beau temps, alors que d'autres, dont je faisais partie, et moins nombreux (trois), enfourchèrent leurs montures, appelées également VTT pour un petit périple dans les bois environnants.
Les précipitations de la veille avaient sérieusement mouillé le terrain, nous pûmes ainsi nous amuser à patiner sérieusement sur les tapis de feuilles mortes, obstacles réels à l'adhérence correcte de nos pneus ; nous traversâmes également quelques parties copieusement boueuses absorbant complètement nos pneus et un peu aussi notre énergie à nous dégager de la succion occasionnée.
Quelques pierres rondes et moussues tentèrent également de nous arrêter, l'arme utilisée étant la glissade, mais à tort, même si ce ne fut pas forcément une partie de plaisir.

Le plaisir, justement, où va-t-il se nicher, dans ces sorties où l'on revient crotté, au point qu'on aura du mal à faire croire ensuite qu'on est passé au sec tout le temps et qu'on n'est jamais tombé ?
Il est justement dans le passage systématique, et enfantin, dans ces flaques boueuses qu'on repère pour ne pas les éviter, d'où giclent les projections qui pourrissent le vélo et son pilote.
Il est aussi dans le dernier virage avant d'arriver où on se laisse emporter par la vitesse et où l'on verse dans l'herbe luisante, le bras gauche entortillé dans une ronce... Il est - et ça nous est arrivé aussi - dans l'incertitude de notre position, le recours à la carte n'étant pas forcément un avantage...surtout lorsque quelques kilomètres plus loin, confiants et vainqueurs déjà, on descend à toute berzingue un chemin - boueux bien évidemment - qui nous mène directement dans un champ ... clos et parfumé à la bouse.
Le seul recours étant de rebrousser chemin.

Voilà, tout cela serait somme toute anodin ou classique, si l'un d'entre nous -qui n'est pas moi- n'avait alors la bonne idée, par un goût peut-être exacerbé du panache, de crever à la roue avant, par la faute d'une minuscule agrafe métallique que tout le monde avait pourtant vue, bordel.
C'est là le seul moyen pour qu'on s'aperçoive qu'une chambre à air de rechange, c'est vraiment idéal, mais que ça ne sert à rien si on a oublié de vérifier la présence de sa pompe à vélo dans le sac à dos.

Bon, mais on est rentrés quand même.
Hein !

mercredi 9 novembre 2011

Révo(réso)lutions

En cette année 2011 qui avance péniblement vers son terme, j'ai réussi à me tenir à un rythme que je m'étais donné dès le mois de janvier. Pour quelque chose qui peut paraître étrange quand on me connaît un peu, mais pas si étrange que ça quand on me connaît vraiment !
L'idée qui se cachait un peu derrière cette affaire était l'aspect pratique, la grande commodité, au niveau de l'entretien en particulier, et puis, plus philosophiquement et conceptuellement parce que je ne me refais pas, une certaine idée de permanence.
L'intérêt paradoxal de la chose étant d'ailleurs que pratiquée régulièrement, elle ne se voit plus !

D'où ce titre qui selon l'interprétation qu'on fait de la chose, peut passer soit pour une résolution de type début d'année, soit pour une révolution dans mes pratiques, ou bien encore les deux !
J'ai réussi, je pense que je vais poursuivre en 2012. 
Oui, j'ai réussi depuis le début de l'année à aller chez le coiffeur une fois par mois !

Piles

Quelques éléments sur mes piles à lire et à écouter...
Musicalement, tournent régulièrement les deux albums de Sidony Box, combo nantais, albums titrés "Sidony Box" et "Pink Paradise".
Egalement le groupe Radiation, formé de 9 musiciens, avec leur album "10".
Joel Harrison et son projet "String Choir" avec un album magnifique sur les musiques de Paul Motian, superbement mis en lumière lors d'un tout récent concert il y a moins de huit jours. Et puis, le duo Bruno Chevillon Tim Berne, dont je découvre progressivement l'album "Old and unwise".
Enfin, Tim Berne toujours (sax) avec Hank Roberts (violoncelle) , Ethan Iverson (piano) et Dave King (batterie) - ces deux derniers étant 2/3 de The Bad Plus - pour l'abum Buffalo Collision, excellent.

Mon passage en médiathèque samedi dernier m'a permis d'emprunter trois ouvrages dont le point commun est le décalage : Martin Page / Comment je suis devenu stupide, Serge Joncour / L'idole (que je viens d'entamer) et Joel Egloff /L'étourdissement.
Une pause avant de repartir vers Roberto Bolano que j'ai un peu laissé laissé en plan avec Nocturne du Chili et les Détectives sauvages. Mais la pile à lire reste beaucoup plus fournie que cela... Et je continue à penser que c'est bon signe !

mardi 8 novembre 2011

Oubli

Après ma participation  sur le thème "couple", voici ce que j 'ai proposé pour "oubli", toujours dans le cadre du jeu sympa "Chic des clics !" :


J'y ai ajouté la légende suivante :
"Oublié dans son pays, inconnu ailleurs, le voyageur..."

Une précision, cette photo a  été prise le 10 août dernier lors d'une promenade sur le port de Honfleur, où j'ai rencontré ce personnage par le plus grand hasard. 











Tout sera publié à mesure ici , ça vaut le coup d'oeil !
Et vous pourrez retrouver toutes les sessions !


dimanche 6 novembre 2011

L'exercice de l'état

Un film de Pierre Schoeller, vu samedi après-midi, la météo s'y prêtait (!) mais ce n'était pas le seul critère retenu pour aller voir ce film. Un film fort intéressant, mais pas sans faiblesses non plus. 
Chronique, et même un peu plus, d'une séquence politique: celle d'un ministre des Transports, qui doit faire face à un très grave accident d'autocar, pour commencer et à tellement d'autres choses ensuite qu'on se dit que la catastrophe routière, finalement, c'est le plus facile...
Le film, à mon goût, commence mal avec cette séquence onirique où une femme nue se fait avaler par un crocodile dans un bureau qu'on imagine installé dans un des palais de la République où siègent les ministres.
C'est un cauchemar du ministre, celui-là même que nous allons suivre durant le film, interprété par Olivier Gourmet, excellent.
Allégorique ou symbolique, peu importe, de la charge fantasmatique et érotique du pouvoir, c'est d'une lourdeur contre-productive, il m'a fallu l'évacuer, j'ai pensé qu'on était mal embarqué et j'ai dû me dire que le film commençait réellement après.
C'est heureusement le cas, car tout s'emballe ensuite, à un rythme trépidant, où nous allons assister à "l'ordinaire" des journées de ministre, de son entourage, particulièrement  sa chargée de communication (interprétée par Zabou Breitman) dont on perçoit le pathétique de la fonction, le directeur de cabinet (joué par Michel Blanc) qui paraît incarner le serviteur de l'état dans toute sa noblesse, sans oublier le chauffeur, un chômeur nouvellement engagé pour 4 semaines, à qui pourrait s'identifier le spectateur profane et enfin le garde du corps.
Place alors aux intrigues, aux coups bas, aux chapeaux à avaler, aux voltes-faces...  on n'est pas à une contradiction près, non, puisqu'il faut s'adapter (courber l'échine) ou crever : sous-entendu, dégager.
Notre ministre saura le faire, pour sauver "sa peau" après avoir frôlé le pire physiquement lors d'un terrible accident de la route. Il saura le faire jusqu'au bout, la dernière scène, cruelle, le montre également : le directeur de cabinet joué par Blanc, qui vient d'être écarté, repart seul et disparaît au bout du couloir. Même la loyauté ne semble pas possible, ou alors pour un temps seulement.
La musique tout au long du film contribue à l'atmosphère, notamment lorsque très forte et presque insoutenable, elle nous fait l'effet d'être pris entre le marteau et l'enclume.
Place également aux nominations, à la course contre le temps sans aucune visibilité (l'entraînement du chauffeur en aveugle l'illustre parfaitement) et sans possibilité de se poser et de réfléchir, avec des marges de manoeuvre quasiment inexistantes, qu'on ne maîtrise pas car la ligne  politique est fixée en haut lieu, et qu'une certaine superficialité semble être la règle : une question ? une réponse ou bien,  un problème ? une solution ...dans la minute qui suit. Tout ce à quoi nous assistons semble inéluctablement dépourvu du moindre sens.
De tout cela on n'est guère surpris, ce qui peut constituer une limite du film. Car on retrouve bien les éléments nocifs du story-telling si bien en place hélas depuis des années.  
La force du film est ailleurs ; ne donner aucun élément de couleur politique, j'ai trouvé ce choix excellent et révélateur d'une manière de filmer sans complaisance ou sans facilité, on n'est pas pris en otage par un quelconque idéalisme de pacotille qui serait parfaitement à côté de la plaque. C'est, en fait, comme si on nous montrait sans  compromis les compromissions et sans masque les marionnettes.
La mise en scène , efficace, tisse de ce point de vue plutôt subtilement une toile serrée qui finit par nous enserrer, comme le système pour le ministre que nous suivons.
Ce ministre, dont l'humanité affleure à plusieurs reprises, me reste malgré tout étranger, je n'ai pas développé d'empathie à son égard, car - au bout du compte- ce "monde", "cette vie" me sont bien étranges et étrangers.

samedi 5 novembre 2011

V comme

L'ambiance "routière" de ces derniers jours m'a rappelé ceci, commis il y a quelque temps, dédié à la gloire de certains véhicules dont deux m'ont un peu "gonflé" avant-hier...

Il est des sujets que la charité chrétienne pousse à éviter, même en tant que laïque pratiquant. Eviter une voiture sans permis, notamment, ne conduit pas à l'hôpital. Doit-on pour autant en conclure que l'hôpital se moque de cette charité ?
Et bien, chers amis lecteurs, étudions cette question ensemble si vous le voulez bien.

Avez-vous déjà croisé une voiture sans permis (VSP) ? Oui ?
Quelle chance ! Vous étiez du bon côté de la route, à la seule condition que votre passage n'ait pas coïncidé avec le dépassement de ce kart du pauvre par un routier pourtant sympa.
Car vous l'aurez compris et peut-être même vécu l'alliage " conducteur/voiture sans permis " peut rapidement devenir une engeance surtout lorsqu'il se trouve juste devant vous. La pression monte peu à pneu, les nerfs lâchent mais pas les freins, alors qu'étonné si ce n'est incrédule, vous observez que le conducteur n'est pas équipé d'une casquette ni même d'un béret.

Parce que le problème de fond, c'est bel et bien que la voiture sans permis, c'est permis. Lorsque par malchance, vous vous retrouvez lamentablement derrière une VSP, vous avez d'abord l'impression qu'elle est loin devant. Funeste méprise. En fait vous êtes victime d'une illusion d'optique créée de toutes pièces par l'extrême petite taille dudit véhicule. De là à dire que la VSP est un moyen de transport pratique qui abolit les distances, il y a là 1,43 m que je franchirai pas.
A votre décharge, la confusion est entretenue savamment par les constructeurs qui imitent les modèles "avec permis". On peut s'y tromper mais vous retrouverez rapidement vos esprits en utilisant un truc infaillible : sur un circuit électrique de voitures pour gamins, seule la VSP passera inaperçue et ça c'est une preuve. Par contre, essayez donc de monter votre bagnole au grenier pour voir...
Mais, fort heureusement, il existe d'autres moyens de se repérer , concrets , accessibles , irréfutables et permettant d'identifier à coup sûr ce genre de carrosse. Car tout le monde n'a pas un grenier.
Juste après son achat, le présumé conducteur de l'engin se pose toujours les mêmes questions au début (après, soit il meurt, soit il s'habitue, soit il meurt encore).
- Le pare-brise c'est ça ?
- De quel côté on rentre ?
- Le devant, il est là ?
- Putain, ils ont mis la roue de secours dans le réservoir on dirait ?
- La clé j'en ai vraiment besoin ?
N'oublions pas non plus certains détails intrinsèques ou spécifiques si ce n'est fondateurs : pas de permis, disions-nous,  C'est mieux comme ça, car même plié en 4, ça rentre pas (un peu comme le conducteur). Et puis en plus il n'y pas de boîte à gants. Oui, mais le noir dans l'habitacle ? On peut pas faire autrement, on est obligé de coller la carte verte sur le pare-brise pour l'assurance.
En fait, si l'on constate que ce type d'engin est surtout "conduit" par des vieux, on est en droit de se demander si un complot n'a pas été commandité pour se débarrasser du 3e âge. Attendez vous à ce que la voiture sans permis soit bientôt rebaptisée V.V.V.V.V.E comme Véritable Véhicule Virtuel pour Vieux Véritables d'Epoque.
Mais, foin de moqueries faciles à base d'ironie acide.
Nous allons de ce pas étudier les avantages de la VSP après avoir traité de son seul véritable inconvénient, à savoir devenir un objet de torture mentale. Pas moins.
Quand le petit vénérable sort de son supermarché favori, qu'il emplit son engin avec ses petites emplettes (forcément), il est ensuite confronté à une difficulté logistique insoutenable qu'on peut résumer par "Je rentre à pied ou en caddy ?".
Si de surcroît le malheureux sénile hésitant dubitatif parle tout haut, il lui est souvent répondu : "Comme tu veux pépé , mais tu me vires ton tas de boue du milieu". Dur.
Et pourtant, incontestablement la VSP a des points forts. Bon, on n'en citera qu'un.
Je suis sûr que vous l'auriez trouvé tout seuls. On peut se garer facilement.
Encore faut-il arriver à destination, soit en partant la veille, soit en poussant (ce qui est plus sûr, parce que la veille ça change tout le temps).
Certains esprits perfides si ce n'est mal tournés auront beau jeu d'objecter d'un argument définitif : "si ça tient pas de place, comment ça se fait que c'est toujours en train de faire chier au milieu de la route ?"
Alors là, cas extrême, heureux propriétaires et usagers de ces merdes roulantes, il vous restera à prendre vos responsabilités et à vous draper la dignité dans votre peau de chamois offusquée avant de répondre qu'avec la voiture sans permis, au moins, l'expression ETRE SUR LA ROUTE n'a jamais été aussi vraie.

mercredi 2 novembre 2011

Gros mot


La relativité étant ce qu'elle est, il est  "amusant" -euphémisme- de constater que tout ce qui se trame en haut lieu, au plan européen j'entends, est forcément noble, valide, courageux, responsable et j'en passe...
Je nommerais plus volontiers tout cet habillage parfumé au story-telling  farces et attrapes,  prestidigitation, tour ou illusion, si ce n'est trucs et combines, ou encore passe-passe et escamotage... 
Bref toutes ces ficelles, tromperies et autres fourberies ne sont qu'une gigantesque partie de poker menteur ou de bonneteau. 
Ces pratiques, petits jeux entre amis, oublient soigneusement les peuples avant de leur présenter l'ardoise et foulent aux pieds les principes les plus élémentaires. 
Mais c'est - comment déjà ? - ah oui,  noble, légitime, vertueux si l'on en croit leurs valets chargés de relayer. 
Mais c'est aussi comme cela que "référendum" est entré dans la liste des gros mots.

mardi 1 novembre 2011

Morts

En cette période de l'année, la tradition, les habitudes peuvent nous rattraper au moins par les reportages radio ou télé, par les commentaires, ou même la simple observation d'une activité près du cimetière.
Visible pour nous puisque c'est sur la route : nos trajets les plus ordinaires, nos déplacements professionnels, nos pas nous font passer devant la plupart du temps.
Très peu pour nous.
Bien sûr, dans la famille au sens large, chacun fait comme il l'entend.


C'est essentiellement une question de conviction.

Nous assistons aux obsèques, certes, adieu, au revoir, hommage comme l'on voudra, c'est un geste pour celui ou celle qui n'est plus là.
Ensuite, c'est autre chose. Nous ne sommes pas impliqués et pas sensibles aux manifestations ultérieures.
Pour ce qui nous concerne, et là je parle de chez moi, avec my wife et nos filles, nous ne sommes pas dans cette démarche : nous n'allons pas rendre visite à nos morts. Pas de déplacement symbolique, pas de dépôt de fleurs ou autre.
Plus particulièrement, c'est le côté conventionnel, traditionnel dicté par le calendrier et sa dimension religieuse qui heurte mes convictions, n'étant pas croyant.
Mais... cela n'empêche pas les pensées, les images, les souvenirs... quel que soit le lieu, le moment.
Pas besoin de matérialiser l'impalpable.

Cela reste personnel, intime. Peut-être même pudique.
Je n'ai pas besoin de l'exposer, de le démontrer. 
Et chacun fait comme il peut.