mercredi 31 octobre 2012

Social

Je l'ai emprunté à la médiathèque et je viens juste de terminer en un gros week-end les 650 pages du roman de Gérard Mordillat "Les Vivants et les Morts".
C'est une fresque sociale, on pourrait dire saga populaire, racontée du côté des ouvrières et des ouvriers d'une usine qui disparaît par un de ces invraisemblables tours de passe-passe financiers dont on sait parfaitement de quoi il retourne.
Cela se lit vraiment comme un feuilleton, il n'y a pas de détours ni d'angélisme, très peu d'effets. L'écriture sèche trace l'ensemble à grands traits, ça cogne avec d'excellents dialogues, du rythme, quelques bouffées poétiques ancrées dans le quotidien. De la vie, de l'amour, de la mort.
Des personnages attachants, particulièrement Dallas, Varda, Gisèle, Mickie des femmes qui impressionnent, et puis Lorquin magnifique d'intégrité, une "figure" de l'usine, homme de parole et de conviction, qui essaie de comprendre et sera en quelque sorte carbonisé par le chômage.

Une efficacité narrative dans le présent, dans le monde d'aujourd'hui, que j'avais rarement lue ailleurs que dans certains romans anglo-saxons, je pense à Jonathan Coe avec Bienvenue au Club (The Rotters' Club) suivi de  Le Cercle fermé (The Closed Circle).

Je n'ai noté aucun simplisme dans cette approche, elle est seulement la traduction formelle d'une réalité sociale qui est non pas subtile et pleine de nuances mais d'une brutalité et d'une violence extrêmes.    

lundi 29 octobre 2012

Inconséquent

"Camille redouble" est le dernier film que nous avons vu, c'était ce samedi soir dans notre salle favorite.
Le voyage dans le temps, en l'occurrence un retour de 25 ans dans le passé, sans changement d'apparence physique. Pourquoi pas. Tentons le coup comme on dit !

Franchement je ne vous le conseille pas.
Si j'ai halluciné à certains moments, car il fallait bien tromper l'ennui profond qui m'a engourdi très vite, c'est bien parce que je suis resté foncièrement surpris que, sur ce thème déjà traité certes mais plutôt porteur de situations, rien ne se passe vraiment.
Comme si, une fois l'argument posé, pfuit.. plus rien. Du bric du broc, complètement en surface, allons-y nostalgie crasse... Du coup ça donne, un film sans scénario, mollasson, 1h55 ça m'a rarement paru aussi long. Etonnant un tel naufrage, où seul Denis Podalydès apporte quelque chose à un moment dans un océan d'inconséquences d'une complaisance - pour ma part- insupportable. 

jeudi 25 octobre 2012

Mars

 

Joni Mitchell, comme une pierre solide de l'édifice musical que j'ai pu 
constituer, un viatique mental que j'emmène toujours.  Ici, comme 
un clin d’œil, un morceau au piano, Man from Mars, alors que la guitare a toujours 
été son instrument de prédilection, celui qui l'a projetée dans la lumière. 
Curieusement écarté, dans cette version dépouillée, au profit d'une 
orchestration  qui "tue l'émotion" dans l'album "Taming The Tiger" de 1998, 
qui est loin d'être réussi à mon goût, mais ça n'a aucune importance. 
Depuis la fin des années 60, Joni Mitchell jusque récemment (2007) a 
parsemé  son chemin d'une série d'albums, constituant une œuvre d'une 
grande qualité, où la musique aura évolué (folk rock, acoustique/électrique, jazz dès 
après 75, pop rock synthétiseurs) dans  une  recherche incessante, allant et venant 
du plus grand dépouillement, de la mélopée  aux orchestrations les plus savantes. 
La voix a muté également, le temps faisant son oeuvre et apportant un grain, une gravité, 
des inflexions, une fatigue d'une humanité émouvante. L'illustration parfaite 
en est "Both sides now" que Joni Mitchell a chanté et enregistré en différentes 
versions sur une période de 40 ans : intrinsèquement inoxydable, un chef d’œuvre.

mardi 23 octobre 2012

Utopie


La "Communauté" est une bd parue chez Futuropolis il y a deux ans environ, et, sous cette forme compactée, la plus récente, elle correspond au regroupement des deux tomes originaux augmentés de témoignages des acteurs de l'aventure.
Bel exemple d'une curiosité qui tient ses promesses, car j'ai emprunté le week-end dernier cet ouvrage " comme ça" et ...je ne l'ai plus lâché, les gouttes de pluie tenaces de la fin de journée de samedi m'ayant clairement signifié qu'il n'y avait pas vraiment mieux à faire.
Je l'ai vérifié en ne dételant pas des 340 pages de cette "bd /entretien/ documentaire" d'Hervé Tanquerelle, une histoire vraie proche des modes de narration d'Etienne Davodeau (voir Les ignorants).
J'ai eu la surprise de découvrir que cette épopée s'est passée près de Nantes, du côté de Chateaubriant, Hervé Tanquerelle étant lui-même nantais.
Cela se passe après mai 68, aux environs de 1972 et cela témoigne d'une expérience communautaire qui va durer environ 10 ans. Un de ses principaux acteurs -près de 40 ans après ces débuts- y revient honnêtement, lucidement. 
Il y a deux parties (tomes initiaux) avec les débuts, un enthousiasme et une dynamique incroyables, tout doit se mettre en place, il faut bâtir, s'organiser, un sommet est atteint et puis viennent les problèmes, l'évolution, des aspirations qui imperceptiblement changent, un quotidien plus difficile à partager et...la chute. 
Le témoignage se révèle précieux et passionnant, et même émouvant. Ce qui rassemble ces familles (certaines déjà constituées) c'est le travail, le projet de devenir auto-suffisant et cela n'a rien à voir avec les communautés hippies avec drogue fumette sexe, contrairement à ce que pensent les voisins, agriculteurs, du coin.
Chacun retrousse les manches, également. Pas de dogmatisme politique, une volonté de partage, des prises de décisions démocratiques (cf. la réunion du vendredi) et des contradictions assumées : avec le retour lentement mais sûrement de la société de consommation qui était clairement rejetée au départ du projet.
La résurgence des désirs plus individuels qui avaient été "tenus en laisse" par le projet collectif va effriter l'édifice, il y aura des départs, jusqu'à la fin de l'expérience aux alentours de 1983.
A aucun moment on ne nous inflige LA vérité, on ne nous dit comment penser. Cela n'élude rien de la complexité, des impasses... Cette aventure collective donne à réfléchir.
La bd de Tanquerelle est une réussite formelle également et constitue un témoignage instructif à hauteur d'homme, très pragmatique sur ce qui a rassemblé des hommes et des femmes à un moment particulier, dans un contexte précis avec des envies, des énergies, du partage.
Un très beau moment de lecture qui ouvre réflexion et discussion.

samedi 20 octobre 2012

Empreinte

Ceci complète la chronique parue juste hier ...

Je n'arrive pas à me défaire de cette chanson, 
à fort pouvoir hypnotique
entendue en concert mercredi soir.  
(Et je n'en ai pas envie !)
Je joins les paroles délicatement évocatrices, 
le titre correspondant à de magnifiques arbres 
millénaires du Chili et d'Argentine que voici !

 

(c) album THE HALFWAY TREE Karl Jannuska - 
morceau composé par K J , paroles et voix de Sienna Dahlen

vendredi 19 octobre 2012

Contrastes


La saison musicale a repris en octobre avec deux dates coup sur coup, comme c'est souvent le cas : avec cette sacrée bonne programmation, on est obligé d'y aller !!!
Vendredi dernier, comme une remise en route des oreilles alliée à des retrouvailles avec les habitués, dont les organisateurs, toujours pointus et disponibles pour un brin de causette. Bref, hautement sympathique : certaines habitudes, indubitablement, sont bonnes.
Deux parties avec d'abord "Rosette" un trio venu de Nancy composé de Sébatien Coste (sax voix mélodica) Michel Deltruc ( batterie, percussions) et Camille Perrin (contrebasse, voix) .
Résultat, une ambiance "total déjantée". Ludique, loufoque et parodique, un moment à apprécier sur le vif, quelques embardées musicales intéressantes car ils ne sont pas manchots, loin de là, et un bilan qui penche plus du côté "show" que du côté musique.
Ensuite, bière avec les potes.
Après quoi monte sur scène "Imperial Quartet" (Antonin Leymarie, batterie/percussions ; Joachim Florent, guitare basse ; Gérald Chevillon et Damien Sabatier, saxophones), un groupe qui nous a emmenés du côté de compositions solidement rythmées où l'improvisation ne fut pas un vain mot en puisant dans le jazz, le rock et ailleurs. Climats luxuriants, horizon mélodique jamais loin même s'il y eut des détours palpitants, et à noter car fort bien menée, une alternance dans les saxophones (Chevillon tour à tour au sax basse, ténor et soprano, et Sabatier sax bayton, alto et sopranino).
Un set roboratif, très physique, et une belle conclusion de la soirée.  
NB/ Le lien en introduction vous permet d'accéder à des extraits si le cœur et les oreilles vous en disent !
Et puis mercredi dernier, le premier concert -dans mes choix- placé sous le signe de la voix, une thématique qui guide la programmation cette année.
Excellente occasion de forger mes oreilles dans des contrées que j'ai souvent du mal à côtoyer et qu'il me faut sans doute mieux appréhender. Ainsi la découverte est au menu à plusieurs reprises cette saison, et je suis vraiment content d'aller sur de nouvelles... voies !

 




Mercredi, donc, un concert en deux parties avec le sextet de Karl Jannuska : 
Karl Jannuska – Batterie, composition / Sienna Dahlen – Voix, clavier / 
Olivier Zannot – Saxophone alto / Nicolas Kummert – Saxophone ténor / 
Sandro Zerafa – Guitare / Matyas Szandai – Contrebasse
Toutes les compositions sont de Karl Jannuska qui signe également certains textes, les autres étant écrits par Sienna Dahlen.
Le premier set pose les bases d'une musique très écrite que le groupe va interpréter avec application et concentration, comme un tour de chauffe en quelque sorte. 
Les morceaux du dernier album y sont à l'honneur ("Coldest day of the year" ; "Alerces") portés par la voix de Sienna Dahlen qui, on l'apprendra durant le set, joue aussi des claviers pour la deuxième fois en concert, ce qui explique un peu le premier set, un set de "chauffe", avant un second où tous seront vraiment lancés. Détendus, ils vont nous embarquer dans des climats poétiques, aux sonorités légères et raffinées, atmosphériques dans une musique qui mêle les inflexions pop et jazz harmonieusement. 
Certains passages hypnotiques nous emmènent loin, la voix –absolument superbe - de Sienna Dahlen se révèle lumineuse.  
Karl Jannuska s’installe avec ses compagnons au carrefour de diverses influences pour nous proposer en concert comme sur l’album, dans un subtil équilibre, un très beau voyage intimiste, plein de reliefs, qui trace des lignes d’espoir.
L'interprétation sans faille, la tranquille simplicité du batteur dans les présentations, ne pouvaient que donner envie de s'attarder un peu, après le concert, avec les musiciens. 
Un petit moment précieux, où tous sont passés dans la salle, et, toujours dans l'échange et la simplicité, ce fut pour nous la possibilité d'une signature sur la pochette de l'album et surtout de quelques mots pour un chaleureux "merci" !
Une soirée, un concert qui nous ont lavés de la pluie continue de la journée.


dimanche 14 octobre 2012

Ici

Ici et là, ça déambule. Les stations sont plus ou moins longues, les arrêts peuvent se prolonger et les postures adoptées surprendre. Des yeux s'écarquillent, des mains s'agitent, prennent et reposent.
Des têtes armées de regards incisifs, experts, trahissent une intention très précise, quand d'autres semblent vagabonder, l'esprit disponible et perméable à un détail qui accrocherait l'oeil, mettrait en route toute une machinerie d'espérance d'un plaisir à venir. Les visages s'éclairent. Souvent.
J'en fais partie, des uns comme des autres...
Je reprends, après un temps que je ne prévois jamais vraiment, la direction de la sortie, après les enregistrements de rigueur.
Il y avait du monde, des jeunes et des moins jeunes, entrants et sortants, j'ai discuté longuement (pas trop fort quand même ) avec une dame qui travaille sur place et a pu m'expliquer quelques petites choses.
Il y avait du monde, et quand on prend donc le chemin du retour, on se sent bien, on se prend à penser que ça fait un bien pas possible, un bien fou d'avoir vu autant de monde ici, un petit peuple de fourmis à tête chercheuse.
La médiathèque, un samedi en fin de matinée...

vendredi 12 octobre 2012

Changeant

 

En 1974, le chant du cygne pour TRAFFIC en studio avec "When the Eagle Flies".
Superbe.  Le morceau proposé (Dream Gerrard, un peu plus de 11 minutes) plane sur l'album . 
Traffic constitue également une pièce maîtresse de ma collection de disques, 
un peu comme le représentant de la partie mélodique dans ce que j'écoute.
J'ai toujours aimé ce groupe, je le réécoute régulièrement. 
Changeant dans sa composition et dans sa direction musicale aussi (au risque de certaines impasses) 
autour du noyau stable Steve Winwood, Jim Capaldi, Chris Wood,  
tous remarquables multi-instrumentistes,
la formation a su proposer une musique unique mêlant pop rock blues jazz folk. 
Sans grand tintamarre, sans outrance démonstrative, 
(et sous l'influence de Winwood avec son goût des jam-sessions),
les compositions présentaient suffisamment de jeu, de vie 
pour être le tremplin d'improvisations qui ne pouvaient que 
convenir tôt ou tard à mes penchants jazzistiques !

Contrôle


Je viens de reprendre le contrôle des mots de mon billet (n° 243 du 12 octobre) des 366 Réels. 
On ne peut pas tout avoir : j'ai repris le contrôle sur l'autre blog ! 
Voici néanmoins ce que ça donne : 
 
"Aujourd’hui les mots de ce billet ont pris leur liberté. Ils font absolument ce qu’ils veulent. Cela occasionne évidemment quelques difficultés et un réel inconfort ... pour parvenir à lire correctement le texte du jour qui échappe totalement à mon contrôle. Ce qui me fait penser à la série télévisée Au Delà Du Réel."

dimanche 7 octobre 2012

Bleu

Jeudi dernier la soirée fut bleue avec Bjorn Berge, guitariste norvégien.
Possédant un cd ( l'excellent St Slide) j'avais pensé qu'en concert ça pouvait être très bien ! 
Ce le fut ! Après une journée de travail, exactement la musique qu'il fallait.
La technique est phénoménale, fluidité notamment, mais ne prend pas le dessus au point d'assécher le propos musical qui nous a permis d'écouter ses compositions (excellentes) ou bien quelques reprises. 
Une magnifique version de Woodstock de Joni Mitchell  ne pouvait que me toucher en plein cœur.
Communicatif, il a enflammé la salle chauffée à blanc par son blues énergique et, quelquefois, plus posé. 
C'est ce versant-là que j'ai choisi d'illustrer. 
Si vous avez un peu de temps et l'envie, laissez-vous emmener par le programme qui s'enchaîne après cet extrait !


vendredi 5 octobre 2012

Brûlée


 

1975, Van der Graaf Generator revient -en force, en forme- 
après trois ans de "pause".  Premier album de ce retour, 
Godbluff dont voici le 2e titre "Scorched Earth". 

Dans l'intervalle de trois ans Peter Hammill (guitare et chant), 
souvent accompagné de ses acolytes du groupe 
(Evans batterie, Jackson saxophone, Banton orgue) 
aura publié  4 albums solo... et pas des moindres.

Musicalement et artistiquement, tout est désormais contrôlé 
par le groupe à qui personne ne dicte quoi et comment faire.  
Marquée par l'urgence et la fulgurance, cette nouvelle période donnera 
trois albums publiés en 18 mois 
(Godbluff / Still Life / World Record) avec la même formation 
et sera considérée comme le "grand œuvre" de Van der Graaf Generator.  
L'effet collatéral  sera de mettre (un peu) dans l'ombre 
l'album de 1977 (The Quiet Zone) où le propos et le projet musical 
avaient déjà évolué sans qu'on perde en ... intensité ! 

mardi 2 octobre 2012

fragments

                                                                                    

Comme annoncé dans un billet précédent, Dig Me, pour creuser le King Crimson des années 80 !  

               
  
(by popular request) O caroline, le morceau qui ouvre l'album de Matching Mole 
comme une fausse piste où l'on détecte déjà les qualités de Wyatt au chant. 
Attention le reste de l'album est beaucoup plus... expérimental.