jeudi 28 février 2013

Singeries


En cette affaire, abondance de bétail ne nuira pas.
Il avait changé de flan, sans goût férir, à cause de la minorité de bocage. 
Pour lui, sortir des chantiers battus, reprendre du zébu, ce n’était pas se doucher du coude mais plutôt se retrousser de l’autre côté de la carrière, les bois dans le nez.
Connu pour abattre un travail de gitan, sans vendre la dèche,  il en connaissait un crayon.
Au moment du décalage des cartons, il en avait assez de passer pour le prince consonne, malgré sa barque de naissance. Il voulait tirer les barons du feu. Mais il n’y avait pas terril en la demeure.

Ailes

Emprunté ce dernier week-end, "l'art de voler" d'Antonio Altarriba (scénario) et Kim (dessin) est un ouvrage dont je n'avais jamais entendu parler qui fait partie des coups de coeur que l'équipe de la médiathèque met en évidence actuellement sur les présentoirs. 
Lisant rapidement la  quatrième de couverture, je décidai de "tenter l'aventure" ! 


Bien m'en a pris, en le rapportant, je ne manquerai pas de dire combien cette superbe histoire m'a plu et même bouleversé.
Ce roman graphique -comme on dit aujourd'hui- retrace une histoire et des histoires, certes, sur lesquelles je ne m'étendrais pas, l'image avec le texte ci-dessus vous en donne une idée. 
C'est superbe, c'est excellent. Du vrai, du vécu, du palpitant. 
A vrai dire, je ne saurais trop vous recommander une lecture attentive du tout dernier chapitre, titré "Prélude au décollage" qu'il faut bel et bien lire à la place qu'elle occupe, à la fin. 
La genèse du récit y figure, surprenante, par l'auteur, ainsi que les choix esthétiques (passionnants) mais ce n'est pas seulement ça. C'est aussi un magnifique témoignage d'amour filial que l'on sent écrit du plus profond du coeur et des tripes en une beauté à couper le souffle et mouiller les yeux.  
Court extrait des dernières lignes ?
"... avoir contribué à la réhabilitation de mon père, et aussi de voir comment les lecteurs, sans le prendre pour modèle - il ne fut ni n'aurait aimé en être un - commencent à le considérer comme un compagnon de route. Et je veux croire que là, dans cet espace éthéré, dans ce ciel sans nuages qu'est l'imaginaire collectif, il vole enfin. Il tenta de voler avec les ailes de la justice et de l'égalité, avec celles de l'amour, de la prospérité et, toujours honnête - presque naïf, s'écrasa.  Aujourd'hui, enfin aérien, défait du poids de la réalité, mué en personnage, il sillonne le firmament de la fiction. Et ce vol majestueux, sans moteur ni carburant, débuta un soir de mai lorsque, sur le rebord d'une fenêtre, accablé par la vie, mon père se jeta dans le vide."

Cela s'appelle :   

mercredi 27 février 2013

E


L'excellent Obni  persévère de gré ou de farce dans l'exercice oulipien qu'il manie à merveille. J'ai saisi le bâton tendu ce matin sur ses terres car le froid du jour m'a éloigné de mon travail au potager. 
Prenant le relais, voici une contribution comme un clin d'oeil à ses loufoqueries de virtuose ! 
Comme il s'agit d'une certaine manière d'une réponse, je replace son texte avant le mien ! 
- - - 
Mettre en scène Perec.
Le révéler et le fêter.
Le père Perec, cet excellent expert excentré, rêve.
Telle cette mer éthérée,
L'encre tendre de ses vers se met en scène.
Le prétexte : Être Perec, épeler en gerbes, fêter les fées et mettre les sens en reflet !
Étendre en de belles pensées : ses bébés, ses femmes.. ses secrets.. ses déesses...
Être les clefs des rêves, entendre les sens fermés.
Tendrement.
Je pense : "Les rêves jettent, gèlent et dressent net de lentes éphémères."
Elles, mentent, se fendent et prétendent être cent déesses belges !
Tellement en elles,
Perec rêve Ève
Cette belle fée, rebelle, leste, nez grec, fesses grêles, veste d'été.
Ève mêle et emmêle ses vers, en d'éternels gestes ennervés...
Le père Perec, cet excellent expert excentré, rêve et célébre le verbe, l'entente des clefs, les fenêtres pénétrées et l'Enfer.

- - - 

J’erre entre les gemmes de ce texte dense,  j’en célèbre le sel décelé.
Exégèse ? Trêve d’excès !
Je me démène, perplexe, et persévère. Je serre de près les lettres rebelles.
Je m’en déleste… et je m’emmêle… Rejet éphémère, terrestre désespéré !
Hé, défense de s’énerver !
Reprendre. Je remets, teste, rejette, je cherche les recettes, je végète, je presse les  détentes.  
Effet pervers, le cercle se répète,  m’emmène d’Escher en Beckett…
Le temps presse ?
Le terme révélé, je penche, échevelé… crevé.  Clémence et entendement, émergez  ! 


mardi 26 février 2013

Infox ?

Le pape est monté en haut d'une grue trois jours car il ne pouvait voir son fils, après il a démissionné.
Le cheval roumain qui est devenu lasagne sera-t-il élu en Italie ?
Proches des préoccupations citoyennes, plusieurs candidates -de droite- s'écharpent hermès soudainement pour la mairie de la capitale: elles appellent ça le choix du coeur.
Dsk bientôt sur le banc du Psg plutôt que dans les vestiaires:  cQfd ?
Cherchez l'erreur : les césars du cinéma toujours pas rendus à César.
Quant aux Oscars, au secours !
Hollande a eu le césar du cul des vaches pour "Merdier".
J'ai cru comprendre qu'on peut avoir une entreprise Titan et être vraiment tout petit petit.
Si  Depardieu confond Poutine et Raspoutine, est-ce que ça embarrasse Kolnikov ?
C'est la guerre : aux niçois qui Mali pensent.
Auto-promotion, Tapie est en bien un marchand. De lui-même.
La montgolfière qui a explosé l'est moins.
Un joueur anglais a signé un contrat de foot pour ne pas jouer : c'est la noble incertitude du sport ! (Et il a rien compris à la réforme sur les rythmes.)
Je ne suis pas encore bien sûr que Marcela m'aime vraiment.

Danse


Ils font partie de mes favoris que je soutiens 
(et revois) inconditionnellement.
Ici Michael Palin, aux efforts mal "récompensés" 
et John Cleese...hum... pragmatique.

lundi 25 février 2013

Traits

Si j’étais chinois ce serait là mon portrait
Si j’étais chinois je serai très nombreux, très    
Si j’étais animal un ours bien mal séché
Si j’étais sérieux j’aurais l’air con… ditionné
Si j’étais odieux je ne croirais pas en moi
Si j’étais arbre, flûte, je ne suis pas de bois

Si j’étais un roi, ce serait Alexandre, hein !
Si six-cent-six chiens, à quoi ça la rime, à la fin ?
Si j’étais une planète, ou plutôt non : Pluton
Si j’étais éloigné, une distance en microns  
Si j’étais mi-sérieux j’aurais un air sombre
Si j’étais vert, le comble serait le concombre  

Si je sera sérieux je ferons plus le plaisantin
Si je serons studieux mes rimes auront raisin
Si j’avions poète, je m’en tiendrai pas rimeur
Si j’ai mis bémol, je me sais petit jongleur 
Si je rime ailleurs, je fais des mains et des pieds
Si je serais sérieux, je saurais conjuguez


note : dédicacé à A.S. qui devrait se reconnaître... 
et reconnaître ici une version développée du texte 
initialement improvisé et déposé sur ses terres !  

dimanche 24 février 2013

Paz


   À Juan Garcia Ponce
Comme l'air
                    dresse et dissout

sur les pages de la géologie,
sur les terrasses planétaires,
ses édifices invisibles :
                                    l'homme.
Son langage est  à peine un grain,
mais brûlant
                    contre la paume de l'espace.
Syllabes qui sont incandescences.
Qui sont plantes, aussi :
                                        leurs racines
fracturent le silence,
                                leurs branches
bâtissent des abris de sons.
                                            Syllabes :
elles se nouent et se dénouent,
                                                jouant
aux ressemblances et aux dissemblances.
Syllabes :
                mûrissant aux fronts,
fleurissant aux bouches.
                                        Leurs racines
boivent la nuit, mangent l'éclat.
                                                    Langages :
arbres incandescents
aux feuillages de pluie.

Végétations d'éclairs,
géométrie d'échos :
sur la feuille de papier
le poème se lève
                            comme le jour
sur la paume de l'espace.
[Octavio Paz, In Le feu de chaque jour, traduction de Claude Esteban, © Poésie/Gallimard, 1986, p.144]

samedi 23 février 2013

Matin

Deuxième morceau, 1972, je le publie à une heure qui convient ! 
Je ne sais pas s'il évoque la froidure intense du dehors 
qui nous glace aujourd'hui ?

Je sais par contre que quelquefois la lune est rose. 




A day once dawned
And it was beautiful
A day once dawned from the ground
Then the night she fell
And the air was beautiful
The night she fell all around
So look see the days
The endless coloured ways
And go play the game that you learnt
From the morning
And now we rise
And we are everywhere
And now we rise from the ground
And see she flies
And she is everywhere
See she flies all around
So look see the sights
The endless summer nights
And go play the game that you learnt
From the morning

vendredi 22 février 2013

S'envoler

J'ai réécouté ces derniers temps à plusieurs reprises le grand Nick Drake cité en janvier dans le billet "Fragile". Je suis étonné à chaque fois par ces morceaux, même si je les connais bien. 
Happé de nouveau, inlassablement. Une attraction, une force qui emmènent. 
Alors j'en mets en avant deux, de deux albums différents. Voici le premier.   


1970, Nick Drake, album Bryter Layter. 

Please give me a second grace 
Please give me a second face 
I've fallen far down 
The first time around 
Now I just sit on the ground in your way 

Now if it's time to recompense for what's done 
Come, come sit down on the fence in the sun 
And the clouds will roll by 
And we'll never deny 
It's really too hard for to fly. 

Please tell me your second name 
Please play me your second game 
I've fallen so far 
For the people you are 
I just need your star for a day. 

So come, come ride in my my street-car by the bay 
For now I must know how fine you are in your way 
And the sea sure as i 
But she won't need to cry 
For it's really too hard for to fly.

jeudi 21 février 2013

Lire



Lire ... et écrire, d'ailleurs. 
En essayant il y a quelques jours de me rappeler si j'avais déjà raconté telle ou telle anecdote en lien avec l'écriture, je me suis aperçu, les ayant retrouvées, qu'elles avaient fait revenir à la surface un troisième souvenir un peu du même ordre et datant de la même période. Ne reculant devant aucun sacrifice, je remets en ligne, dans l'ordre chronologique, les anecdotes toutes trois ancrées dans le milieu scolaire.  
Je me souviens, c'était en 1970.
Puis en 1971.
Deux chocs successifs pour l'écriture.
J'étais en CM2 donc puis en 6e.
Je me rappelle fort bien l'ennui incommensurable, le désintérêt profond que j'éprouvais pour ces satanées rédactions.
Le supplice pour arriver à aligner deux mots vaillants.
Et puis, un jour, le maître nous donne comme sujet le résumé d'un livre qu'on a bien aimé.
Et là, ça me parle.
Alors voilà, ce jour-là, je me suis mis à résumer le Comte de Monte-Cristo. Deux pages du petit cahier, je me rappelle le boulot, parce que je vous raconte pas.
Petit inconscient, quelle affaire ça a été de faire tenir tenir tout ça en deux pages ! Mais j'y suis arrivé. Me surprenant moi-même en plus du maître !
L'année suivante, autre déclic, avec la prof de Français au collège. Même topo, toujours l'ennui et puis le sentiment des profs que je pouvais mieux faire (ben tiens !). 
Un jour elle nous donne un sujet d'enfer. En tout cas qui me parle. 
Imaginer un nouvel épisode des aventures de Tartarin de Tarascon, qu'on venait de lire. 
Et là, nouveau déclic. Je me rappelle avoir inventé une histoire où Tartarin, fanfaron, se fait percer à jour. Il raconte une histoire à dormir debout, ça se passe dans une diligence dont un passager sait que Tartarin ment.
C'est lui l'auteur réel de l'exploit, malchance donc pour Tartarin qui se fait traiter de "mystificateur".
Je me rappelle très bien avoir utilisé ce mot que j'avais lu auparavant dans une BD ! Et Tartarin se fait expulser de la diligence ! Pareil, grand moment, la prof qui me file une bonne note, qui n'en revient pas...moi non plus, mais...
Quand j'y repense, j'avais trouvé et ouvert une porte en ces deux occasions. Mon rapport à l'écriture vient peut-être pour partie de là.  Et la porte ne s'est jamais refermée.   

Relisant ceci , comme je le disais en introduction, remonte à la surface le souvenir d'une situation vécue, toujours collégien, toujours en 6ème. C'était au siècle dernier. Nous étions en fin d'année scolaire. Cours de Français. La prof fait le bilan de l'année écoulée. 
C'est donc la même prof que dans l'anecdote "Tartarin". Et tiens, puisque j’y suis, je peux même révéler, parce que cela me revient et que je ne l'ai pas dit, que j'en étais un peu amoureux (une brune, ses jambes, elle s’habillait court, bref... !) et qu'elle avait le jour de Tartarin pris le parti de venir s'asseoir près de chacun pour faire le point dans la phase d'écriture, avec le risque que l'élève (alias bibi) se retrouve rouge pivoine atrocement gêné par cette proximité jamais imaginée une seconde. Bouillant ! Bref, cette vérité enfin rétablie -et il était temps- revenons à ce magnifique bilan.
La prof nous annonce qu'elle s'est rendue à la bibliothèque du collège pour faire un point sur les emprunts et lectures de la classe. Fréquentation, régularité, nombre d'ouvrages, la totale. Pourquoi pas ?  Elle passe en revue la liste des élèves. Jusque là tout va bien.
On arrive vers le dernier tiers de liste, mon lot habituel étant donné mon patronyme et cela vient à moi. Elle cite mon nom, et annonce « zéro ». Pas la note, hein, non non non ! Zéro emprunt de toute l’année. La honte !
Et elle me demande ce qui explique cela, bref pourquoi je n’emprunte jamais rien…
Grand silence blanc.
Aussi blanc que la surprise, l’imprévu, et l’idée bien sûr que je devais sûrement –comme tout bon élève hé oui - faire partie de ceux qui empruntaient régulièrement car dans son esprit, si elle avait dressé une liste de pronostics, j’y figurais !
Je me rappelle que passablement gêné j’ai fini par articuler que j’allais à la bibliothèque municipale, ce qu’elle n’avait pas précisément « soupçonné » d’ailleurs…coincée qu’elle était restée sur cette surprise inimaginable ! Étrange non ?
Pourtant je la fréquentais assidûment la bibliothèque municipale, bon sang ! 
Et j'y lisais à peu près absolument tout ce qui me tombait sous la main.
J’y étais fourré tous les mercredis, j'y passais une bonne heure et demie, sur place.
J'y ai lu tous les Tintin, pas mal d'Astérix. Et je ne repartais pas les mains vides. La bibliothèque verte, les 6 compagnons, la série "Michel"...Les Paul  Féval, les Alexandre Dumas, plus tard Jules Verne et les Arsène Lupin. 
Pareil, plus de quarante ans après, jamais guéri de cette douce addiction ! 

lundi 18 février 2013

Révélations ?

J'avais répondu à une époque à ce petit questionnaire un peu différent de ceux qui "tournent" habituellement et je le rediffuse, comme quoi on peut fort bien se répéter quelquefois !

1/ je m’appelle… pas souvent, voire pas du tout : je ne connais pas mon numéro de portable par  coeur. Par ailleurs d’aucuns, d’aucunes disent Jean-Michel, Jean-Mi évidemment, sans oublier Papoune...
2/ J’aime… prendre mon temps seul ou accompagné. Donner pleins de surnoms improbables et incompréhensibles aux deux chats et à notre chien.
3/ j’apprends… qu’il reste toujours des choses à apprendre. Et on ne me dit rien ! 
4/ un jour… ça passe de plus en vite, finalement...non ?
5/ mais je n’ai pas pu… empêcher des départs.
6/ je suis particulièrement doué pour… apprécier chaque moment qui passe et la compagnie comme la solitude.
7/ mais on me reproche souvent... d’être un peu lent et ,certainement, de manier à merveille la mauvaise foi.
8/ je parle souvent de… choses idiotes avec le plus grand sérieux, et inversement, je dédramatise les sérieuses en faisant l’imbécile (... à divers degrés, que j’adapte à la situation et au sujet.)
9/ mais je n’aborde jamais… un TGV en marche, c'est plus prudent.
10/ On peut me croiser… parfois où je ne m’attends pas.
11/ Mais on ne me verra jamais… où je ne suis plus.

samedi 16 février 2013

Silence


Desire (Talk Talk) 

En 1988 puis en 1991 avec Spirit of Eden puis The Laughing Stock 
Talk Talk s'en va dans la stratosphère. 
S'écartant définitivement des encombrements et compromis 
de l'autoroute pop industrialisée, las des formules et des formats,
ils prennent la main. C'est leur musique. Point.
(On parlera même de suicide commercial, rendez-vous compte !)
Talk Talk arrive ainsi où il voulait en venir mais -en réalité- s'en va.  
Ils ne lâcheront plus rien et ils ne reviendront pas.  
En 1998, Mark Hollis (leader chanteur) publiera son unique album solo à ce jour.

Et il n'y aura rien d'autre. 

En est-il besoin ?
Depuis, ils sont ailleurs.  
je les y rejoins régulièrement pour écouter le silence. 
Pas une année ne passe sans que je replonge 
dans les richesses infinies de ces deux albums exceptionnels.




NB: Je ne saurais trop recommander d'écouter chaque album dans son intégralité, pour les compositions, les climats, le propos, las variations. Bref, c'est magnifique !

vendredi 15 février 2013

Buissonnier

C'était hier, jeudi.
Au sortir d'une journée professionnellement dense, j'avais en perspective une soirée complètement autre, j'avais au dernier moment (l'inspiration ? l'envie ? l'improvisation ?) réservé une place pour une lecture-concert suivie d'un concert.
L'horaire inhabituel 19h30 et la circulation difficile m'ont rapidement fait comprendre, dans la mesure où j'étais déjà à Nantes, que rentrer pour repartir était absolument inutile si ce n'est inepte.
Posant ma voiture près de la salle de spectacle, je disposais en définitive d'une heure trente, un peu en suspension, et cette perspective ne fit que renforcer le choix "logistique" que j'avais fait. Je partis marcher un peu en ville, et entrai dans une librairie où, flânant, je me procurai deux petits ouvrages parus chez Allia.
Je ressortis et me repliai au troquet du coin pour entamer ma lecture.

  
J'en lus ainsi une bonne moitié, passionnante, avant de le refermer et de regagner la salle.
Je me sentais très bien disposé pour la soirée, j'avais bien profité de cette pause, cet espace que je m'étais aménagé.

De la soirée à venir, je ne savais qu'une chose, la présence de Bruno Chevillon un musicien - contrebassiste-que j'apprécie particulièrement.  C'est lui qui faisait le lien entre les deux parties :


Lecture d'abord, Lucien Suel et Bruno Chevillon arrivent sur scène, chacun son instrument : le livre pour le poète, la contrebasse pour le musicien et compositeur. 
Suel nous a gratifié de la lecture des derniers chapitres de deux de ses oeuvres :  "Mort d'un jardinier" et "La patience de Mauricette".
Après la visite de Lucien Suel ici-même (voir son commentaire le 17/02) je dois préciser que j'ai commis une erreur à propos de "La patience de Mauricette" qui n'a pas été lue ce soir-là. Je vais donc ... patienter !   

Superbement intriqué. Magnifique expérience. 
On ne sut plus au bout d'un moment qui parlait, qui jouait tellement les phrase de Suel et celles de Chevillon se mélangeaient, se répondaient, s'aspiraient, se spiralaient...
Superbe expérience -réussie- d'un auteur lisant ses propres mots, les soufflant, les mâchant, les propulsant dans l'air comme des balles dont nous, auditeurs conquis, nous sommes saisies. 
Une très belle découverte, des lectures à venir. Des compléments ? ici

Concert ensuite.
Bruno Chevillon revient, et c'est un trio, ça tombe bien c'est leur nom !
THISISATRIO un projet de Franck Vaillant, batterie percussion, le troisième larron étant Pierre de Bethmann, piano et fender rhodes. 
Ce seront deux heures pleines d'une énergie folle, une musique plutôt musclée ne dédaignant pas -ô non- l'improvisation, avec des variations plus lentes et plus posées,jouée avec une complicité et un plaisir du jeu qui se diffusaient dans la salle. Le rappel fut phénoménal démarrant dans un déluge, un jam pleine de chaos se disciplinant (un peu) lentement. 
Une impro extraordinaire !  
Redécouvrant le pianiste dans la versatilité de son jeu (je l'avais un peu délaissé ces dernières années), appréciant le batteur percussionniste que je connaissais peu (vu une fois auparavant), je dois avouer que, dans ce trio soudé qui mérite d'être vu et dont je ne sais pas s'il passera par l'enregistrement,  c'est bel et bien toute l'immensité du jeu de Bruno Chevillon qui m'a encore une fois marqué. 
Vraiment un très très grand.




jeudi 14 février 2013

Contrebassiste

Il y a bientôt une quinzaine maintenant, ce fut une belle soirée musicale en deux parties dans la salle de spectacles où j'ai mes (bonnes) habitudes.
Une première partie en contrebasse solo, 45 minutes sans concession, une approche très physique et improvisée de l'instrument avec Guillaume Viltard.  Ardu, peu de repères, musicalité aléatoire et ambiance quasi-abstraite ... mais que voulez-vous, j'aime ça !
Nous étions venus à trois, et mes compères ont eu plus de mal, sans "détester" pour autant !
La seconde partie fut excellente également avec le trio de Guillaume Séguron, dans le cadre de ce projet discographique :


Séguron fait beaucoup de choses très différentes et j'en veux pour preuve le long et passionnant entretien que l'on trouve ici : interview chez mes camarades de Citizen Jazz.
Le concert à trois fut magnifique à la fois de cohésion, d'écriture et d'improvisation, chacun tour à tour prenant le témoin pour emmener ses comparses à travers champs en des climats variés, le morceau de bravoure étant un morceau qui sonna très King Crimson tout en ruptures brutales alternant des convulsions électriques abrasives et des morceaux calmes d'une étrange sérénité. En résumé j'ai apprécié la densité de cette musique et surtout j'ai vu l'expression remarquable d'une exigence artistique engagée, haletante et passionnante.



J'ajoute cette image d'un autre album de Guillaume Séguron - en contrebasse solo - qui montre l'étendue de ses projets : cet album traite de la Guerre d'Espagne et il en parle fort bien dans l'entretien que j'ai mentionné plus haut.

mardi 12 février 2013

Dégagé

Les "366 réels à prise rapide" qui s'achèvent pour moi aujourd'hui ont constitué une belle expérience que je m'étais donnée il y a un an exactement. Je l'ai assumée, elle m'a apporté les plaisirs que j'y avais décelés :  l'écriture, un côté inédit et un côté au long cours, malgré la lourdeur progressive du rythme quotidien. 
J'en ai fait ce que j'ai pu, avec mes moyens et mes idées, et toutes les limites qu'ils impliquent. 
J'avais  également à cœur de "me" tenir "ma" promesse d'aller au bout : je suis content d'y être parvenu. 
Pour autant, pas de trompettes, pas de flonflons, ce n'est pas le genre de la maison ! 
Cette expérience unique va le rester, je n'y toucherai plus. Même si je n'exclus pas dans le futur de nouvelles tentatives qui, si elles se mettent en route, seront  forcément différentes.  
Je chercherai, nous verrons... pas le feu ! 
Dans mes réflexions sur la suite à donner ou pas, quand j'ai tranché et dit "stop !", j'ai pris conscience très exactement que deux choses m'importaient au plus haut point :  j'aime fortement l'idée de savoir m'arrêter et je n'ai plus envie de suivre un programme pour écrire, car j'estime que nous vivons suffisamment sur ce mode de prévision programmation projection au quotidien. Je veux découpler l'idée d'écrire de l'idée de parcours imposé. 
Ainsi, c'est dit, il n'y aura pas d'Interférences 3 ! 
Je me sens quitte, l'esprit libre et léger. 
Je retourne au loisir de cultiver mes côtés autonome, buissonnier, dégagé, indépendant. 
Farouchement.  

J'ai un salut amical et reconnaissant envers celles et ceux qui m'ont accompagné en pratiquant (certains ont terminé, d'autres s'approchent du but) et en commentant.
Je tire mon chapeau à ceux qui ici sont déjà repartis !

dimanche 10 février 2013

Z

Hier, soirée cinéma, avec le film de Quentin Tarantino "Django unchained". 
Je ne vais pas résumer l'histoire, on trouve aisément les informations sur le film (avec ou sans critiques et analyses d'ailleurs que je n'avais pas lues par avance, selon la "méthode" en vigueur chez nous depuis quelque temps, et que je n'ai toujours pas lues depuis !). 
La seule info c'était Tarantino, western, l'affiche...
Je suis ressorti de la salle sur des sentiments partagés, en étant sans doute plus dubitatif que my wife.
Il y a de bons moments certes, c'est vraiment conçu spectacle, je dirais même spectacle spectaculaire : il n'y a aucun problème. Des traits d'humour aussi avec les cagoules pré KKK c'est pas mal, quelques répliques bien senties, l'aisance verbale de Schultz à diverses reprises.  
J'ai apprécié dans l'ensemble le trio d'acteurs qui mène la barque sur des registres différents, avec Jamie Foxx en taiseux pas dupe qui toise pour coller aux rôles que Schultz lui demande de jouer sans oublier une seconde la froide vengeance qui l'anime, avec Christoph Waltz (Schultz donc) en chasseur de primes manipulateur cynique rapidement très irritant (c'est fait pour !) et enfin Di Caprio dans l'abjection parfois hystérique. 
Ensuite viennent les réserves, le film est long et patine à certains moments même si au bout du compte on parvient sans mal au bout des 2h40, durée que je ne connaissais pas à l'avance. Peut-on dire qu'il réserve des surprises ? Pas exactement, à aucun moment je n'ai douté de sa conclusion "heureuse". 
Et puis la Tarantino's touch. Je lui ai trouvé une main très lourde, un côté bavard qui ankylose souvent l'action, des références Z qui conduisent à la surenchère (au vide) et puis il y a la violence. 
Alors bien sûr, la précaution habituelle est de rigueur, on nous dit que c'est fait exprès, et en effet il en met partout, mais cette violence, telle qu'elle est véhiculée, flirte à mon avis souvent avec la complaisance et la gratuité, au-delà des références kung-fu et compagnie. N'est-ce pas logique qu'un sujet aussi grave soit troublant et mette mal à l'aise... ? Sans doute. 
En tout cas hier soir cela m'a gêné.

mardi 5 février 2013

Gesticulons !

Vendredi soir, ce fut une belle et longue soirée, avec Franck Lepage dans le cadre d'une conférence gesticulée "L'éducation populaire, monsieur, ils n'en ont pas voulu."

Magnifique, plein d'humour, provocateur, au bout du compte lumineux !
Je ne peux que vous encourager à aller voir et à participer à ce que propose régulièrement (et de plus en plus, ce qui est très bien)  la Scop "Le Pavé" - et bien d'autres - car tout ne se résume pas aux conférences de Franck, loin de là. L'éducation populaire ne le permettrait pas !
La culture avec un grand Q est désossée, les ministères avec Malraux jusqu'à l'inénarrable pantin Jack Lang (et son 1989 si pitoyable)... ou comment confondre sciemment politique culturelle officielle et culture.
Dans ce grand bain salutaire, tout y passe avec comme point-clé le langage évidemment et son détournement orwellien depuis 50 ans, une novlangue positive que seul un fou aurait le malheur de critiquer !
Un seul exemple : on ne dit plus "exploités" car cela fait PENSER (le mot suprêmement interdit.. de séjour) aux exploiteurs. On dit "défavorisés" parce que du coup c'est la faute à pas de chance et celle de personne.

Luttons.

Le mot "projet" en prend aussi plein la tronche. Ça vous étonne ?
En prennent plein les dents les foutaises du développement (social, local) le lien social, l'égalité des chances, la "réussite différée" et puis l'art contemporain est assez fermement remis à sa place question imposture, ainsi que les "créateurs" qui s'apparentent de près ou de loin pour certains à des gros branleurs pourvoyeurs du marché de l'Art.
Voilà, vous aurez compris, ce fut jouissif.
Je n'ai pu le lendemain assister à l'Atelier de Désintoxication de la Langue de bois, alors je finis par un extrait d'entretien (source / Arrêt sur images).
Franck, merci pour le boulot et sur le site "le pavé", un agenda vous permettra éventuellement de trouver un lieu pas trop loin de chez vous que vous pourrez rallier pour aller voir ça !




lundi 4 février 2013

Tabou

Film de Miguel Gomes, cinéaste portugais.



Nous avions repéré ce film il y a quelques semaines, nous attendions qu'il soit à l'affiche de notre salle de prédilection. Voici ce que nous en avons retiré...
Le film adopte d'emblée des airs volontiers mystérieux, il est filmé en noir et blanc, structuré en deux parties titrées Paradis perdu et Paradis (la seconde étant située en flashback de la première, dans les années soixante dans une colonie de l'Afrique noire).
La première partie - aujourd'hui- ouvre donc des pistes, et l'on sent bien qu'il y a des choses enfouies dans le passé, mais cela n'éveille pas pour autant une soif inextinguible de savoir. La distance avec les personnages reste infranchissable, on a du mal à éprouver quelques-unes de leurs interrogations ou émotions. Étrange.
Ayant eu du mal à me sentir concerné par ce qui advenait, il s'est passé ce qui devait arriver inévitablement lorsqu'on n'est pas "happé" par l'histoire : j'ai eu le champ libre, j'ai eu du temps pour réfléchir, pour monter des hypothèses (j'ai même avec le travail sur le temps repensé à Borges, voyez comme j'étais bien disposé)...
Il y avait dans ce cas de figure la possibilité que lorsque la seconde partie allait commencer, j'aie déjà compris de quoi il retournait... Et ce fut le cas. Et c'est embêtant.
Vous pensez bien que ça n'a pas infléchi de façon majeure ma posture de spectateur, d'autant que le nœud de l'histoire s'est révélé d'un classicisme confondant et que, malheureusement, l'esthétique et le dispositif du film (noir et blanc, séquences comme un film muet, voix off inexorablement casse-pieds, plans tarabiscotés, mélanges un peu arty) se sont avérés d'une vanité et d'un creux incroyables. J'avais tellement compris le truc que je pouvais les deviner.
Cet aspect chichiteux et toc m'a singulièrement agacé, sa gratuité m'a frappé.
Un film de poseur.
... 
(Retour à la maison, discussion dans la voiture avec my wife, sentiments identiques !).
... 
Le coup de grâce (pressenti lui aussi), ce furent les critiques que je suis allé lire après.
J'ai bien fait de les lire après sinon j'aurais hurlé intérieurement pendant !
En conclusion, définitivement un film libé-télérama-inrocks.

Et c'est le crocodile qui joue le mieux.

dimanche 3 février 2013

3

Je viens de terminer la lecture des trois polars mettant en scène l'inspecteur Paco Martinez, créé par Maurice Attia dans "Alger la noire", "Pointe rouge" et "Paris Blues".

Mon attention a été attirée dessus par Polarock, tenu par le camarade Leunamme que je remercie à cette occasion. Il a déjà parlé des deux premiers romans, allez donc le lire, il donne davantage de détails !


L'ensemble est assez volumineux, lu en série poche ça dépasse les mille pages !   
Nous y suivons les aventures de cet inspecteur à Alger d'abord au moment crucial de l'indépendance de l'Algérie - premier volume, puis à Marseille en 1968 et enfin à Paris en 1970. 
La suite chronologique s'étend donc de 1962 à 1970 à peu près, le décès de De Gaulle intervenant en fin de troisième volet. Les histoires sont ancrées dans cette décennie soixante et permettent une plongée au cœur d'événements marquants. 
De ce point de vue, j'ai trouvé le premier roman indiscutablement plus fort, plus évocateur de la complexité des situations politiques et personnelles entremêlées. Sur l'ensemble, avec le recul des trois lectures, cette force se perd ou se dilue progressivement au fil des romans. Il m'a paru pour 1968 et 1970 que certains événements auraient pu être fictifs tout en étant des références explicites à des faits réels (je pense à l'incendie par exemple du tome 3 qui charge un peu la barque)...
Évidemment j'ai tout lu parce que j'avais envie de savoir ce que deviendront Martinez, sa compagne Irène (pour moi, elle est vraiment le personnage magnifique de cette histoire) et  tous les personnages qui gravitent autour d'eux. Et la lecture de leurs aventures se fait volontiers, sans effort. On passe un bon moment avec de tels personnages qui traversent des ruptures historiques et en sortent passablement déchirés, malgré toute la volonté dont ils font preuve.
Simplement, sur la durée, le système narratif qui fonctionne par alternance de voix prend le pas sur la trame strictement politico -policière, et l'on se retrouve parfois avec des passages où la tension, l'intérêt retombent. Ce qui pourrait être une respiration, une transition ménageant le suspense dans le récit, casse hélas le rythme au point que le procédé  se retourne à l'encontre du roman, tout en explicitant certains points que le lecteur aurait pu construire ou interpréter seul. 
Peut-être trop bavard finalement ? Cette trilogie pouvait se tisser de façon plus resserrée... 
A moins qu'il ne faille la lire en mettant quelques semaines entre les trois volets ? 
Cette restriction faite, on ne boudera pas son plaisir, cette saga vaut qu'on lui consacre un moment, le détour est agréable ! 

vendredi 1 février 2013

Crépusculaire


Aujourd'hui un morceau de Bruce Cockburn "Pacing the cage".
Afin que le week-end soit doux, même si par ici il s'annonce ... pluvieux !
Il ne le sera pas pour autant dans les têtes et les cœurs car 
des activités alléchantes nous attendent, 
dès ce soir. J'en reparlerai ici-même et je reviendrai 
aussi sur le concert de mercredi soir dernier 
avec le trio de Guillaume Séguron, un musicien qui mérite respect et reconnaissance.
Je vous laisse donc arpenter la cage avec Bruce dont je possède 
l'album ( The charity of Night) où figure ce titre 
magnifiquement désenchanté mais paradoxalement serein.