samedi 30 novembre 2013

Intérieur

A la porte des mots

-1-

La  nuit
tu te souviens
toute mémoire
est une attente

l'étoile tremble
et c'est ton sang
que tu écoutes

l'ombre s'allège
tu colles ton oreille
à la porte des mots

surprendre le secret
dont ils s'entourent
t'ouvrirait le chemin
d'une enfance à venir.

-2-

Les bruits
les pas
le soir les énumère
l'attente change de fenêtre
et par pudeur
peut-être
ou par fidélité
comme forêts retiennent les neiges
tu écris
aussi loin que tu te souviennes
des mots voués
à un autre versant.

(c) Gilles Baudry
Deux extraits de l'anthologie poétique Paraphes - le livre de poche
250 poèmes réunis par Jacques Charpentreau.

mercredi 27 novembre 2013

Expressionnisme-1

Pas question de mettre de l’eau dans son bain, 
autant pêcher dans le désert
Pas plus que d’arrondir les sangles
Autant avaler des couleurs
Ne rien accepter les yeux cernés
Crier sur le volet
Contre vents et tarés
Mieux vaut tout passer aux rayons fins

Eviter d’être mal en coin
Ne pas bouffer à tous les ateliers
Ni fumer la maquette
Fuir corps et âne 
les moulins à paraboles
qui poussent mémé dans les sorties
Et pendre la crème ailleurs
Quitte à faire faux blond

Oui tout passer au peigne X
Trier sur le mollet
Briser le ridicule
Ne pas mordre la soupière
Avant de passer sur le pillard
Garder la langue bien tendue
Et enfiler des merles
au risque du sèche-vitrine

Afin qu’on nous lâche les casquettes
Ne nous roule dans la marine
Avoir le cœur au centre
Refuser de se serrer la peinture
Et les embruns à 10%
Se garder des tombes à retardement
Tonnant et trébuchant
Ne pas rendre son sablier

dimanche 24 novembre 2013

Inventerres



Une pierre
deux maisons
trois ruines quatre fossoyeurs
un jardin
des fleurs
un raton laveur
une douzaine d’huîtres un citron un pain
un rayon de soleil une lame de fond
six musiciens
une porte avec son paillasson
un monsieur décoré de la légion d’honneur
un autre raton laveur
un sculpteur qui sculpte des Napoléon
la fleur qu’on appelle souci
deux amoureux sur un grand lit
un receveur des contributions une chaise
trois dindons
un ecclésiastique un furoncle
une guêpe
un rein flottant
une écurie de courses
un fils indigne deux frères dominicains
trois sauterelles un strapontin
deux filles de joie un oncle Cyprien
une Mater dolorosa trois papas gâteau
deux chèvres de Monsieur Seguin
un talon Louis XV
un fauteuil Louis XVI
un tiroir dépareillé
une pelote de ficelle deux épingles de sûreté
un monsieur âgé
une Victoire de Samothrace
un comptable deux aides-comptables
un homme du monde
deux chirurgiens trois végétariens
un cannibale
une expédition coloniale un cheval entier
une demi-pinte de bon sang une mouche tsé-tsé
un homard à l’américaine un jardin à la française
deux pommes à l’anglaise
un face-à-main un valet de pied
un orphelin un poumon d’acier
un jour de gloire
une semaine de bonté
un mois de Marie
une année terrible
une minute de silence
une seconde d’inattention
et…
cinq ou six ratons laveurs
un petit garçon qui entre à l’école en pleurant
un petit garçon qui sort de l’école en riant
une fourmi
deux pierres à briquet
dix-sept éléphants un juge d’instruction en vacances assis sur un pliant
un paysage avec beaucoup d’herbe verte dedans
une vache
un taureau
deux belles amours trois grandes orgues
un veau marengo
un soleil d’Austerlitz
un siphon d’eau de Seltz
un vin blanc citron
un Petit Poucet un grand pardon
un calvaire de pierre
une échelle de corde deux sœurs latines
trois dimensions douze apôtres
mille et une nuits trente-deux positions
six parties du monde cinq points cardinaux
dix ans de bons et loyaux services
sept péchés capitaux deux doigts de la main
dix gouttes avant chaque repas
trente jours de prison dont quinze de cellule
cinq minutes d’entr’acte
et…
plusieurs ratons laveurs.


un vétété
deux roues
trois épaisseurs quatre degrés 
un  chemin
des flaques
un coureur à pied
une douzaine de mètres un biberon un frein 
un rayon de ciel une larme de froid
six chiens
une maman avec sa poussette
un bâtiment vitré de nuages blancs  
un autre coureur à pied
un marcheur qui scrute son pantalon
la fleur qu’on appelle liberté
deux promeneurs venus jusqu’ici
une remorque des embarcations une parenthèse
trois fanions 
une base nautique une barque   
une taille de guêpe   
un brin flottant
une haie curieuse de sources  
un fils un cygne deux frères dominicaux
trois passerelles un appontement
deux rires de joie, sinon rien 
une douloureuse matière, trois papas bateau,
deux lèvres du bout du cœur, 
un pneu Louis XV
une selle Louis XVI
un panneau déglingué
une bout de ficelle deux sangles à vérifier
un monsieur lâché
une victoire sans chanter
un mot deux traces
un vélo dans la foule
deux autres chiens trois fois rien
un sac à trimballe
une expédition matinale un mauvais sentier
un demi-tour bon sang une fourche cassée tss tss
un cauchemar à l’américaine un gadin à la française
de boue et de glaise
un coup d’œil, un remis sur pied, en un tour de main, une fausse alerte, deux poumons gonflés   
un tour de vélo     
une semaine de comptée
un bois de passé
une année paisible  
une minute de déraillement 
Une seconde d’inattention
et...
cinq ou six coureurs à pied
un petit chemin où l’on caracole en montant
un petit chemin que l’on dégringole en glissant 
une racine ici
deux pierres à éviter
dix-sept élégants un juge d’instruction en partance assis dans un canot
un paysage avec beaucoup de pierres mortes dedans
un cheval
une auto 
deux dames alentour trois grandes nappes
un champ clos
un soleil l’eau glisse 
un siphon d’eau déesse
un vent dans mes branches
un petit braquet un grand guidon
un calvaire de feuilles 
une volée de marches deux sœurs patinent
trois plateaux douze dents
mille et une sorties trente-deux solutions
six Versailles comptés cinq  point oubliés
dix ans de longs et boyaux cyclistes
sept pêcheurs captivés deux doigts sur la carte
dix gouttes de sueur avant chaque repos
trente tours d’horizon dont quinze libellules,
cinq gorgées m’hydratent  
et..
plusieurs coureurs à pied.

 A la  manière de Jacques Prévert, inspiré par la sortie vétété de samedi matin.
J'ai trouvé plus simple (lisible ?) de faire apparaître en parallèle ou en vis-à-vis les deux textes. 

vendredi 22 novembre 2013

Nocturnes

 Chantons sous la nuit*

La nuit
La nuit je mens, je prends des trains1
La nuit... c'est dans le noir qu'elle voit,
c'est dans l'ombre
qu'elle commence à glisser sur les tuiles des toits2
Quand nous aurons allumé le feu,
Dresseurs de feu, laisseurs de cendres3
nous ne pourrons plus voir la nuit.
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux4
Quand il y a le feu,
il n’y a plus que le feu qui compte.
un feu pour vivre mieux5
Le feu est un hypnotiseur.
L'homme et la flamme savent s'entendre
Ils se ressemblent tant tous deux6
Ce soir, regardez, le ciel a chassé tous ses nuages :
Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles
A certaines heures pâles de la nuit7
lune élégante en arrondi...
C’est vrai qu’il manque la mer, 
La plage est blanche.
Ce grand voilier qui joue des hanches
Va m´emmener loin dans une île.8
C'est une plage ou même, à ses moments furieux
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux9
Mais le ciel n’est pas mal non plus comme image de l’infinitude.
Entrez dans le rêve, 
Quand le jour s'achève,10
Regardez cette étoile,
je la vois, tu la vois,
et pourtant elle n’existe plus,
Je veux tomber en poussière
Poussière d’étoiles autour d’minuit11
S’il faut en croire les affaires 
de vitesse, de lumière.
Telle est ma quête, suivre l'étoile
 Peu m’importent mes chances  12




 Note : 
centon avec Bashung1, Jonasz2, Nougaro3-6-11
Ferrat /Aragon 4, Beaucarne/Eluard5
Ferré7, LeForestier8,Brassens9, Manset10,Brel12
voir Zazie Mode d'emploi en lien ci-contre.

mercredi 20 novembre 2013

Arc

Pierre Dhainaut a écrit ceci à propos de "L'arc et la lyre", manifeste poétique d'Octavio Paz, dans un article critique, intitulé "Octavio Paz et la langue des commencements" :


Le poète s'enrichit de tout ce qu'il a vu, entendu, rencontré, il ne se retranche pas, il ne se contente pas comme Mallarmé d'une chambre, il a toutes les chambres et les mers et les pierres et les forêts dont les poèmes d'Octavio Paz sont peuplés: tout ce qu'il verra, entendra, rencontrera sera métamorphosé.
Tâche immense que celle qui nous revient, ne pas séparer la langue, les autres, l'univers, leur offrir un présent, tâche humble puisqu'elle nous demande le plus grand respect de l'acte d'écrire qui s'est confondu depuis plus d'un siècle avec la volonté frénétique de surprendre alors qu'il fallait dans le temps qui nous est donné, "dans les couches souterraines de l'histoire" à défaut de plein jour, inventer les signes de l'immémorial.


In Dans la main du poème, éditions Henry, 2007

mardi 19 novembre 2013

Anticipation ?

Jeu : Rêvez l'actu et faites-en un article court - allez, une quinzaine de lignes (dans la forme qui vous plaira) sur le thème de votre choix. Proposition de MH/L'Appentis Saucier/voir liens Inter(pré)férences. 

La défaite de l'équipe de France 2-0 en Ukraine n'empêchait pas Olivier Giroud d'être optimiste. En marge de l'entraînement des Bleus à Clairefontaine, l'avant-centre d'Arsenal a fait part de sa gratitude vis-à-vis des supporters et a affirmé que les Bleus étaient "prêts à mourir sur le terrain pour y arriver".

Ce n’était pas garanti, car vous connaissez comme moi la célèbre expression profonde (c’est-à-dire creuse) à propos de « la noble incertitude du sport libéral ».
Après les phénomènes et stratégies habituels d’intox sur la composition des équipes, surtout côté français (Kopa ? Platini ? Joueront ou joueront pas ?), on constata que les Français étaient onze au départ. 
Dès la deuxième minute, l’arrière du milieu français s’écroulait, son nom m’échappe mais c’est pas grave il est condamné à l’oubli. Il était peu après évacué et remplacé, et l’Ukrainien qui traînait dans le coin mettait une patate et marquait un but. 0-1. Heureusement, les Français pouvaient toujours rester prêts à mourir, car il y avait encore 88 minutes, et par ailleurs, l’arrière ukrainien manquait la transformation.
En l’absence de Mimoun, blessé, c’est Marcel Ribéri qui rengageait.
Rien de notable, le score n’évoluait que très normalement avec 16 buts ukrainiens à un rythme soutenu d’un à la minute (communiqué par le service statistique).
A 0-17, la garde meurt mais ne se rend pas, comme dirait ce fin lettré de Giroud qui n’a toujours pas touché un ballon. Sur le banc, Deschamps déchante, appelle Pole Emploi et reprend ses cachets. Mesure purement tactique affirmera-t-il après le coup des sifflets finaux.
Dès la 17e minute, deux des arrières français sur consigne de DD se mettent à creuser une tranchée. Les milieux de terrain sont chargés des mines. Les avants joueront après.
Il semble qu’à ce moment-là c’est le ballon qui essaie de faire tourner les Français, mais fumigènes aidant, on n’a pas tout vu. Le temps que ça se dissipe, on remit la main sur le tableau d’affichage pour un attendu 0-36 en faveur de l’Ukraine à la mi-temps. Le philosophe Giroud, ressortant de la bibliothèque avec la clé anglaise,  s’en félicite en disant que l’équipe a bien maîtrisé, ça aurait pu être pire, surtout avec des arrières obligés de creuser à la main.
Deuxième mi-temps, pas de changement côté français, le temps de récupérer Ribéri tombé dans la première tranchée. Giroud, n’écoutant que son courage à deux mains, est toujours vivant.
Le scénario bien huilé ne changera pas, les Ukrainiens empilent les buts (87-0) mais restent vigilants car ils ont lu déclarations de Giroud, l’Olivier qui pense comme un gland.
Une minute d’arrêt de jeu, seules les mânes de Thierry Roland (sic) y croient encore.
91e minute, Giroud meurt. C’est con il pourra pas jouer la Coupe du Monde et comme la France n’est pas qualifiée, ça tombe plutôt bien.

On vous l’avait dit : c’était pas facile, et pourtant, totale maîtrise.

dimanche 17 novembre 2013

Volutes

Un peu de rangement dans une abondante discothèque présente certains avantages. 
Comme remettre en main et en mémoire quelques albums ou titres injustement délaissés. 
Un exemple ? 
Vingt ans après.  
1993, Nougaro "Prisonnier des nuages" 

... Renaître enfant, c'est de mon âge... 
Fabuleux.
  




Je suis prisonnier des nuages
Vous me direz: "Comment ça se fait?"
Je suis prisonnier des nuages
De fumée
Renaître enfant, c'est de mon âge
Déjà tout minot, tout mouflet
J'étais toujours dans les nuages
Enfermé

Il est vrai que parfois je tousse
Trop de volutes, trop de bouffées
Je drague dur la drogue douce
A travers ses grilles brillent des mains de fée

Je suis prisonnier des nuages
J'y cherche les clés de mon art
Peut-on rêver plus belle cage
Qu'un Django Reinhardt

Vîtes-vous forçat plus volage
Ailes d'oiseau plus enchaînées
Admiratrice de mirages
Mon âme s'évade aux bras des nuées

Renaître enfant c'est de mon âge
Dans ma roulotte ensorcelée
Je roule un vaporeux voyage
Prisonnier des nuages de fumée


(c) texte de Claude Nougaro, musique de Maurice Vander. 

vendredi 15 novembre 2013

Fly

Serait-ce mystérieux ? Alchimique ?
Des concerts sortent du lot.
Se détachent.
Certains soirs.
A la sortie de la salle, les premières minutes au dehors, de retour à l'air libre.
Comme reprendre son souffle sans être essoufflé...
Coup d’œil vers le ciel, savoir qu’il fait nuit, vérifier quand même.  
Une sensation belle -mais encore étrangère aux mots- que quelque chose s'est passé.
A trouvé sa place, s’est ajusté. A la perfection ?

Alors, pas pressé. 
L’envie d’étirer, d’y être encore alors que c’est passé, de prolonger le moment. 
Qui ne va pas m'oublier de sitôt. 
C’était il y a huit jours, j’y suis encore ...

En arriver là est une belle destination. Comme toucher au but.
L’heureuse conclusion d’un cheminement. Comme rejoindre une évidence.

Entamé par le choix de cette soirée, l’idée ou l’hypothèse « ça pourrait être bien !  ».
Et puis tout se met en route, prend sa place, comme un puzzle patient.
Les premières minutes –souvent déterminantes- avec les premiers signes prometteurs lorsqu'on aborde et entre dans l’univers qui nous est présenté.
Les premiers atomes s’assemblent de cette belle sensation à venir.
Le spectateur que je suis commence à repérer tous les détails qui font sens, se réjouit de voir les expressions de visages complices , admire leur concentration qui fait que plus rien n'existe au monde que ce moment, que cette note, ces notes.
Parfois je ferme les yeux.
Un superbe édifice est en train de surgir sous nos yeux et à nos oreilles, un ensemble extrêmement architecturé mais terriblement vivant, qui n’a pas de prix, où l’infime et la précision pèsent de toute leur masse atomique de plumes.
Si bien agencée, dans le fond et dans la forme, parfois complexe et abstraite, jamais hermétique, la musique est portée par l’exigence des musiciens et j’ai senti ce soir-là que j'y ai été très vite sensible, sans délai, j’ai été aspiré, aimanté au point de porter mon attention à un niveau d’écoute et de réception maximales.
Pour ces trois instrumentistes et compositeurs, la musique est texture, leur palette de compositions appelle la peinture. Leur musique m’a étreint, s’enroulant lentement autour de moi au fil du concert et j’y vois bien plus que la seule coïncidence avec le titre de leur disque « Year of the Snake ».
Collectif, Mark Turner, saxophone, Larry Grenadier, contrebasse, Jeff Ballard, batterie, jouent collectif, leur trio est redoutablement efficace, il est complémentaire et démocratique.
Quel plaisir de les voir se donner.
Il s‘appellent Fly.
Le nom n’est pas volé.

extrait

mercredi 13 novembre 2013

Incipitations

Trois circonstances décisives me reviennent à la mémoire.
Aujourd’hui, Maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
Nous étions à l’étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent et chacun se leva comme surpris dans son travail. 
- Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme. 
Ça a débuté comme ça.
Quelle journée admirable ! J’ai passé toute la matinée étendu sur l’herbe, devant ma maison, sous l’énorme platane qui la couvre, l’abrite et l’ombrage tout entière. Je hais les voyages et les explorateurs. Longtemps, je me suis couché de bonne heure.  J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley.
Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert.
Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d’une obscurité et d’une épaisseur d’encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. 
Le vent, tiède et endormi, poussait une brassée de feuilles contre la fenêtre.
Il y avait un homme debout contre le mur nord, à peine visible.
- Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé. 
Les familles heureuses se ressemblent toutes ; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon. La bêtise n’est pas mon fort. J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Je ne suis qu'un pauvre orphelin mais jusqu'à huit ans j'ai cru avoir une mère. Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'emmena faire connaissance avec la glace.
- Je cherchais un endroit tranquille où mourir. 
C'est fini.  La plage de Big Sur est vide, et je demeure couché sur le sable, à l'endroit même où je suis tombé. On oublie volontiers qu'en moyenne nous mourons sept fois plus lentement que nos chiens.

lundi 11 novembre 2013

TautogrammaKompilatoirement

Compilation 26 tautogrammes pour un alphabet

Accompli Bravement, Ce Défi Etiré, Fatidiquement Grappillé (Hein ?) Insista Jusque Kobou, Loufoque Méthode Notablement Organisée, Plan Qui Réellement Sut Traduire Un Véritable Wagon Xénophile, Yougoslave  Zélé.

A.
Approximatif Aztèque Aérostatique
Alambiquée Allégorie Alémanique 
Anecdotique Anticonformiste Artistique
Atmosphérique Aquarelliste Acrobatique

Apolitique Anthropologue Aromatique
Amazonienne Alopécie Asymétrique
Authentique Australopithèque Anachronique  
Audacieux Archéologue Apocalyptique 

Abominable Ayatollah Antiseptique
Assassin Anesthésiste Anthropométrique
Apoplectique Ambulancier Amphigourique

Amphibien Anticlérical Anthologique 
Arithmétique  Analogie Asymptotique
Acoustique Acronyme Aérodynamique 


B
Briguant brimborions bancals, broutilles biscornues, bricoles boursouflées, breloques bariolées, Bernard, bretteur battu beuglant borborygmes bizarres, boude bredouille, bref...bougon.

C
Clarinettiste concertiste contrarié constituant collection cinquante-cinq curiosités cherche : cantatrice chauve, caniche coulissant, canoë coulé, complice compétitif, conteur convaincu, colloque colossal, colosse local, carapace coopérative, champignon crédible, concasseur content, colvert compatible, cosmétologue côtier, choucroute collector, chic choquant, chocolat chaud, cachalot chat, corbeau constrictor, condor chiche, consommateur corrosif, caramel chilien, cybernaute cubique, calebasse chinoise, confiture centrale, charabia clair, cinéma cintré, cintre cinglé, cingle cintré, chaloupe cimentée, chicano chicaneur, chou clignotant, canard convertible, cloporte clouté, cariacou confus, chimère concave, chasseur ciblé, citronnade carrelée, catapulte coincée, coqueluche conique, chocottes classées, chiffe collante, chenapan compulsif, cloque chevelue, cagoule calcaire, cirque circulaire, chevauchement chevalin, chiasse ciblée, cruche crochue, coupure curieuse, croupier cryogène, contact chimique, cultivateur culturiste, culturiste cultivé, cultivateur cultivé, crotale croustillant, coquelicot congolais.

D
Damier Désert, Dîner Diapo, Drôlesse Ducale
Datcha Dotée, Décor Duplex, Drapé Duchesse
Danger Diffus, Duel Dojo, Dublin Dupé
Dégel Dessert, Dilemme Dépris, Durite Durcie

Dandy Dopé, Durée Ducasse, Diseur Drogué,
Disert Dactyle, Diktat Dingo, Drelin Doublé
Danseur Direct, Dédain Douceur, Dresseur Drastique,
Dauphin Dolent, Docteur Dédé, Douleur Dorsale,

Dahlia Dédié, Dolmen Dodo, Duvet Druidique
Dédale Daté, Dicton Donjon, Dragon Droitier
Dada Divers, Déjà Défi, Draisienne Durable

Danois Débile, Doxa Dégât, Drakkar Drossé,
Dallage Discret, Dépôt Débris, Dumping Douteux,
Dahu Difforme, Dindon Doudou, Duo Doué

E
édredon ébréché éolien endormi 
ébéniste effeuillé éjecté ébahi
excité électrique éclectique emmerdeur
énergique évadé exilé évasif  

éditeur engagé essayiste expédié
étourdi emmêlé excédent embrouillé 
effluve échappé eucalyptus exhalé    
étonnant écrivain elliptique éloquent

énergumène endiablé électrocuté 
épistolier énuméré ébouriffé
étrésillon équerrant ensemble ébranlé 

échantillon expérimental efficace
écarquillé évidemment émerveillé   
exercice élucubration exécuté  

F
Finalement, Fonteville, fief familial, faisait fureur : fortin forestier fédérant faux frères feignant flatter festivités familiales, fourguant fausses façades, fielleuses flagorneries. 
Féroce fratrie. Flibustiers fêlés. Fable familiale. Folklore figuratif.   
Filou fuyant, financeur fermenté, Fabrice fignolait fausses factures. Fieffé fêtard, Félicien flambait fièrement, follement festif. Franck fantasmait fièrement, falsificateur fanfaron, figure fictive. Flemmard flasque, Fulbert fayotait, fébrilement floconneux, franchement flexible. Furtif, Ferdinand fauchait, feintant finement, facilement faufilé. Flic fiévreux, Frédéric flippait furax, face franchement figée. Frappant fort, fou furieux, forcément fautif, François finit fatigué, flanchant, fourbu. Félicité ? Fustigé ! Faussement foutraque, Fiacre fascinait, fantoche faquin. Fugitif filoché, Fifi fit « Fi ! » fissa, finissant forçat.
Fresque funèbre : frères froissés, fraternité facultative foudroyée.

G
Gentil garçon généralement gauche, grandement gêné, Gérard, girouette guignol, grognait grossièrement, grondant gravement, gesticulant, gâchant gaiement galipettes gauloises, générant globalement grabuge, gamelles gênantes, gaffes grommelées geignardes, gigantesque galimatias giclant, geyser gargouillant guère généreux, gémissement gonflant glauque, gerbes glaciales givrées, glanant gratuitement -goujat gratiné, godelureau graveleux - gloriole grotesque, gugusse géant gavant grassement gens groupés grincheux.

H
Humains hybrides, horribles hooligans hâbleurs, huit haltérophiles hirsutes houspillèrent hélas honteusement handicapés hypersensibles, hélèrent hostilement habiles horlogers, harcelèrent hôteliers hexagonaux, hachèrent helvètes horizontalement, hormis hagiographes hallucinés, hurluberlus hydrogénés.  

I
Inventif, intempestif, iconoclaste, indiscutablement impertinent, il imagina illico -initiative inédite- implanter intentionnellement ici iris indomptables, immortelles impressionnantes, ipomées incandescentes, intriguant insensiblement immobiles indigènes immanquablement incrédules.

J
Jeudi,  joue jeune jazzman,  joue : jaillis joufflu, jacte jovial , jubile  ! 
Jongle,  juxtapose Jarrett,  Jarreau,  Jackson. Jointe jargons jumelés !
Jalonne jazz jouissif, joyeux, juteux, jouxtant jiu-jitzu, justifiant jambes juvéniles joliment jetées ... 
Jette joyeux javelots jazzistiques, jugule jazz javellisé jetable, joins jardins jaculatoires. 
Juré ?

K
Karatéka keynésien kiffant kimonos kitchs, Karl klaxonne, kleptomane kidnappant képis kurdes, kilts kakis.

L
Lundi, lire longuement, livrer liste. Langueur limitée. Liquidez lâche lubie lanterner. Légitimation limogeage, largage latent. Lâchez les lions ! 
Lettre L
Lamelle lucide
Lied livide  
Latte létale
lama laborieux
lit lisse 
luge luxueuse
lande vivante
lac  Léman
lice lasse 
libellule limousine
liquette loqueteuse
litote leste  
lambeau  laid
ladre lent
lavette laxiste
lentille litigieuse
laxatif légendaire
losange loucheur
lamellibranche lippu 
laitier lapé
liturgie lysergique
lyonnais lycanthrope
langouste langoureuse
lavabo laconique
limonadier lambin
lumière légère
lipogramme lilas 
livarot labyrinthique  
loubard lyrique
liane luxuriante
lutin logique
lion ludique
livre lisible
luthiste lutteur  
loterie lustrée
loup loufoque
lord lugubre
lumbago loyal
lacune loquace 
liste longuette ?

M
Mausolée Machinal Macchabée Maléfique
Macaron Mâchonné Miteuse Macédoine
Mangetout Maladif Mastiquant Magazine
Macramé Maculé, Malfaçon Majuscule

Marocain Magistral,  Malaga Madrilène
Maestro Malheureux, Mandarin Malhabile
Macadam Malvenu Morcelant Mandoline
Mahatma Maniéré Maintenant Manivelle

Marmiton Maoïste Maîtrisant Manigance
Majesté Maquillée Mannequin Magnétique
Maréchal Malotru Mafioso Manifeste

Malandrin Méprisé Manitou Malhabile
Madrigal Maladroit Malmenant Margoulette
Magenta  Minéral Miroitant Miniature

N
Naufragé ? Normal ! 
Ne négligeant nulle nonchalance, notre naja nain nommé Nestor nageait nébuleusement, néophyte naturellement nase, nouille narcissique ne niant nullement noyade nocturne, ni nerveux ni noué. 
Nageur nécessiteux, nénuphar néoréaliste, navet nuisible, neutrino nauséeux, négation natatoire, novateur néolithique, Nestor narguait notablement nos normes nautiques, neutralisant notions naturelles, navrant Newton, nigaud nihiliste noircissant nettement nos neurones neurasthéniques.
Nulle nomenclature, néologisme négocié, ne notifiera normalement numéro navigable niaiseux narré, non ! Nouveau nom, noble nage naissante ?
Nenni !  Naja nettoyé nuitamment, nappage naphtaline !

O
Opaque Ouvert
Ombres Ourdies Obscurcies
Oubli  Ondulant

Ondes Orangées
Oasis Ou Oriflamme
Oiseaux Odyssées


P
Personne prudente probablement poltronne par pure pusillanimité, Paul parlait particulièrement posément, progressant point par point, paroles poussives presque péniblement prononcées, petite phrase prévenante par petite phrase précautionneuse, prenant plutôt peu parti, passant pleinement pour parent pauvre pour propos pitoyablement plats. 

Q
Quatorze quidams quelconques quoique quasiment quadragénaires quadrillant quelques quartiers quiets, quémandaient, quêtaient quand quatre quincailliers querelleurs qui quelquefois quintuplaient quolibets quotidiens qualifiant quiconque questionnèrent : quoi, quérir quelles quiches ?

R
Résolument, Rouvray, repaire rural , rendait « rieur » : refuge rustique rassemblant roquets rustres rejouant ridiculement réjouissances, rituelles retrouvailles, révérant rétrospectivement réunion, rares revoyures, révélant ridicules ragots retors, révérencieuses reptations romancées.  
Rapaces rancuniers, requins roués. Récits rances, rodomontades regrettables.  
Raqueur récalcitrant, roublard repoussant, René rapinait, resquilleur réellement répugnant.
Rude ruffian, Régis ripaillait rudement, rotant relâché, remarquablement relax, rubicond.  
Roger rêvait rondement, ronfleur ravi, rayonnante rigolade. Rocambolesque !
Rossard ramolli, Robert ressassait raisonnements rudimentaires, répétitifs, racornis.
Rapide, Raymond ratiboisait, raseur ratatinant, rajoutant répulsif, régime régulier risqué. 
Responsable refroidi, Raphaël, retors réfractaire, rempilait, rechignant, recroquevillé, renfermé.
Rudoyant rageusement, Rémi, remisant raffinement, rossait, rogue, rigidement rugueux, regard rouge.  
Remisant rancune, Renaud régalait, rameutant rires remplaçant racontars, recueillant résultat raté rencontrant revers, réussissant rarement.      
Réparateur retraité, Reginald refourguait redoutables rogatons, rognures, rebuts remplissant réduits.
Représentation ravageuse : relations rachitiques, ratiocinations redoutables, rires révolus.
Regrettable réalité.

S
Son suspect. Six sonneries, sept ?
Scène surréaliste, son serpent sonnait.
Stupéfaction.
Soufflé, son sang soudain sembla solidifié.
Stanley, sourcils statufiés, soulevait subrepticement ses sandales, souffle suspendu, surveillant –sceptique- son serpent. Saloperie ! Seule solution : se sauver...
Si seulement se sentir surpris se savait, son sort serait scellé : sauvetage sans solution, suppression sans sommation, sinistre secousse suprême.
Sachons simuler, songea Stanley, suivant son sillon. Soyons stoïque.
Stupeur. Soixante singes sarcastiques sautèrent subitement sur son siège, subtilisant soixante saucissons sans scrupules. Stanley, saisi, sentit ses sens se scier, sa santé se scléroser. 
Soudain, signal strident.
Son sommeil suspendu stoppa simultanément ses satanées sornettes.
Stanley sécha sa sueur. Sain, sauf, sincèrement soulagé sans simagrées.
Sympathique serviette !  

T
Terminée, trépassée ta Thatcher traumatisante, terrible totem tory, triste tenancière terroriste, teigneux tyran taxidermiste, tranchant têtes tragiquement, terrorisant travailleurs, trucidant tristement, tortionnaire typique, tenace Terminator, tiens, tirons tous tomahawks, tapons tels tigres tentaculaires : terminus Tartare  !   

U
Ulcéré, Ulysse utilisa ultimement un ukulélé, utopique ustensile usé, usurpant unanimement un unisson

V
Vingt voyageurs volontaires verront vraiment 
Viatiques, valises, visas vadémécums
Vulgaires virgules verbales vacillantes
Voleurs vauriens, vilains vampires véridiques

Violente vendetta, vocables venin veules
Van Gogh vénézuélien vernissant verts vifs
Violoncelles vaudous valsant, vélins veinés 
Vers virtuoses virevoltant volubiles

Volutes vésuviennes voilant vieux vergers
Vaisseaux voilés voguant vrillés, vergues vibrant
Visages verglacés vagabonds violacés  

Vagues velues, vents vétustes, voix visitées
Vitres vides, visions vérités volapuk 
Vasques voltaïques, volcaniques vortex     

W  
Wallons  waterproof, walkyries wagnériennes, wallabies werthériens :  wagon-restaurant, whisky ! 


X
Xénophile, Xavier Xi xylographie xérus xanthodermes, xérophytes xérophiles, xanthies xylophages, xiphophores xiphoïdes.  

Y

Youpi ! Yvan, yachtman yogi yodisant, yodle yé-yé. 

Z
Zoologue zinzin zézayant, Zoé zigzague zen, zoomant zélée, zozotant « zut, zéro zébu, zéro zibeline...zoo ? zone ! »

***
Merci :
Les lecteurs et commentateurs pour avoir supporté ce pensum,
les commentateurs pour avoir souvent renchéri et toujours fort habilement,
P.L. pour ses mots et son indéfectible disponibilité,
l'alphabet pour ses 26 lettres de soutien,
Obni pour l’idée de départ,
et paul(A) pour le salami.

samedi 9 novembre 2013

Taugrammatiquement-20

Liminaire :

Pour l'ultime tautogramme, la lettre L "m'obligeait" à écrire une ... hum hum...liste ! Ayant passé en revue l'alphabet entier que je boucle en atteignant cette lettre, je me suis fixé une petite règle finale avec 26 associations et apparentements, une ligne à laquelle bien sûr je ne me suis pas tenu, pris par le mouvement et parce que les règles, vous connaissez la chanson... c'est de la taugrammattitude !

* * * 

Lundi, lire longuement, livrer liste. Langueur limitée. Liquidez lâche lubie lanterner. Légitimation limogeage, largage latent. Lâchez les lions !
lettre L
lamelle lucide
lied livide
latte létale
lama laborieux
lit lisse
luge luxueuse
lande vivante
lac  Léman
lice lasse
libellule limousine
liquette loqueteuse
litote leste
lambeau  laid
ladre lent
lavette laxiste
lentille litigieuse
laxatif légendaire
losange loucheur
lamellibranche lippu
laitier lapé
liturgie lysergique
lyonnais lycanthrope
langouste langoureuse
lavabo laconique
limonadier lambin
lumière légère
lipogramme lilas
livarot labyrinthique
loubard lyrique
liane luxuriante
lutin logique
lion ludique
livre lisible
luthiste lutteur
loterie lustrée
loup loufoque
lord lugubre
lumbago loyal
lacune loquace
lourdeur limite
...
liste longuette ?

jeudi 7 novembre 2013

Aventureux

Les mots ne sont pas sûrs,
miroirs parmi les miroirs,
plus fragiles, plus incertains, mais

Tu vis de leur stupeur, leur frénésie,
leur chimère. En eux, dans la cage des sons,

Tu t'inscris, et tu prends quelquefois
le chemin qui les traverse
et qui n'en finit pas d'arriver.
Lionel Ray
in Comme un château défait, © Poésie/Gallimard, 2004, p.54