jeudi 27 février 2014

ça fait scier !

Scieur de long

Un scieur de long
Voulait prendre le large
Scier six heures c’est long
Mais il allait au charbon.
On le prenait pour un barge ?
- Le bois coupé sent bon

Certains jours au salon
Il marchait de long en large
Et pensait se tirer pour de bon

Il se disait pourquoi donc
végéter dans le découpage
quand on rêve d’attractions

Oui, le scieur de long
n’en menait pas large
tout en plissant le front

Il n’était pas de bois, non
Il était heureux en ménage
Et sa femme un vrai canon

Et il rêvait numéro d’illusion
Spectacles scène et voyages
Dans la grande tradition 

Un jour rien ne tourna rond
Un mauvaise présage
Une étrange impression 

Elle dans le placard du fond
Son amant de passage 
à tâtons sur ses tétons 

Le scieur ne fit qu’un bond
Il attrapa sa femme volage
Et la découpa tout en long

Lui qui rêvait à profusion
de planches pour tout paysage 
Se retrouva au violon 

L’huile de coude a du bon
Et le scieur en cage
se joua la grande évasion

On le retrouva après prescription
Alors qu’il vivait en marge
Plongé dans la méditation

Comptant une journée par bâton 
Dans les arbres, les branchages
On l’appelait le baron



Numéro Z dans la série des "métiers"

mercredi 26 février 2014

mardi 25 février 2014

Franges du silence

Du 8 au 23 mars 2014 ce sera le Printemps des Poètes.
Ici c'est tout le temps le printemps.
(Jusqu'à un certain point.)


C'est la pluie qui toujours réveille la mémoire (Kenneth White)

l'eau a reculé vers le ciel
sans que personne ne la retienne
que restera-t-il quand elle aura pris son envol
seul un lac noir et pour caresse le vent

in Faoug, L'estuaire © Cheyne 2013, p.11

tout au fond perspective d'une montagne 
qui sans bouger avale les couleurs du ciel 
c'est ainsi qu'elle est arrivée 
à faire de l'ombre au lac

ibid p.23

 chaque réveil remettre l'eau
les vagues l'air et tout en haut
un ciel différent d'hier
et toujours la rive 
à la même distance

ibid p.18

via les corps faire voyager les mots
ceux restés là après la traversée des flots
accrochés au fond de la gorge
les laisser couler rejoindre par l'estomac
le flux des battements
écho des pagaies

ibid p.22


les solitudes remontent le courant
rebroussent là d'où elles viennent
au passage elles glacent les pensées
l'encre colore l'échine de noir

ibid p.26

Faoug, recueil de Gaia Grandin, vient de recevoir le Prix de poésie de la Vocation 2013

lundi 24 février 2014

Préparatifs

Réglons nos monstres, accordéons nos violons. 
Craignant un moment de phobie, les tueurs à gaz s’étaient exécutés. Evitons la crise de bec, inutile dans ces cas-là de montrer les gants. Leur chef avait fait des pieds et des nains pour que, croûte que croûte, tout le monde se remonte les hanches avant d’aller au chardon.
Le chef ? Un pas commode.
Un fumeur de savane. Ambiance touchez pas au grizzly. La classe du dandy de grand chemin. Invité régulier des grandes embrassades étrangères.
Et donc c’était pas le moment de lui filer des moutons. Sous les pavés, l’alpage.
Et pas du genre à tendre l’autre chou. Avec lui, si t’étais pas d’accord , mieux valait lâcher l’hybride, prendre le barge et aller pendre sa crème ailleurs. Si t étais pas réglo, si tu défrayais l’anachronique, il te faisait le coup de la boîte à dents et de la cellule de déguisement dont s’occupaient ses nazes communicants. Et il avait prévenu : à force de prendre les messies pour des lanternes...
Avec cette affaire pas facile à monter qui ressemblait à un jeu de mégot, il fallait garder la tête dans le bidon : on pouvait pas suivre plusieurs fièvres à la fois, ou alors avec pertes et tracas.
Il s’agissait donc de ne pas rater le boche, sans pour autant provoquer le gourou et mettre à côté de la flaque.

samedi 22 février 2014

Interférences sonores 2

Excellent concert hier soir.
Ping Machine.
14 sur scène !!!
Les compositions sont étincelantes.

Deux extraits, le premier sur un dialogue piano-percussions :




Un  second pour donner une "petite" idée de la dimension Big Band rutilant, définition -au passage- réductrice, qu'on se le dise !

mercredi 19 février 2014

Limpide et poétique, radieux...

Selon l'inspiration, je m'étais dit que je pourrais ....

Alors retour à Nougaro (éternel retour !) après Prisonnier des nuages (dont je mets en lien ici une superbe interprétation en public) et nous voici (là, si !) abordant le rivage magique d'une de ses dernières chansons, parue sur l'album "Embarquement immédiat" en 2000, disque qui se présentait à l'époque comme une synthèse des styles musicaux qu'avait pu approcher et apprivoiser le toulousain.

Je parlerai peut-être un jour de l'ultime album, posthume, La Note Bleue.

Restons-en pour l'heure à cette chanson, une espèce de prodige, majestueusement arrangée et mise en musique par les bons soins d'Yvan Cassar, même s'il est bon ici de signaler que Nougaro en a signé les paroles et la musique, ce qui n'est pas si courant.

Les paroles en sont à la fois évocatrices et surréalistes, emplies de références qui se chevauchent, quelques clins d’œil, la faute peut-être aux volutes... Un rêve éveillé... On se sent juste bien , détendu, parce que celui qui nous l’écrit et nous le chante a passé un moment plein où « tout » semblait en place, à sa place.
Moment partagé avec l'être cher, il fait beau, les pensées vagabondent...
Le bouchon de la ligne oscille, sujet aux clapotis, le triangle des yeux est cubiste, l'air est bleu (...Eluard ?) et Renoir n'a jamais peint "le déjeuner sur l'herbe" !

Quand les sonorités amènent sérénité ... "Tu me disais je t'aime que ce verbe m'émeut" ...
En tout cas cette chanson me met en état d'apesanteur.

Déjeuner sur l'herbe

Tous les deux, on déjeunait sur l'herbe
Et moi j'en avais fumé un peu
À travers mes paupières entrouvertes
L'air bleu
Ton visage à l'envers sur ton buste
Un baiser que tu me donnes à boire
À se croire dans un tableau d'Auguste
Renoir

Un chardonneret qui sifflote
Dans l'eau un bouchon qui flotte
Ma plume qui pêche à la ligne
Un vers insigne

Tous les deux, on déjeunait sur l'herbe
Et moi j'en avais fumé un peu
Tu me disais je t'aime, que ce verbe
M'émeut
Donne-moi encore ta bouche qu'on déguste
L'eau-de-vie de pomme, de prune, de poire,
Dans la toile étoilée de l'auguste
Renoir

Un rouge-gorge qui sifflote
Dans l'eau un bouchon qui flotte
Ma plume qui pêche à la ligne
Une plume de cygne

Tous les deux, on déjeunait sur l'herbe
Et moi j'en avais fumé un peu
Dans mes yeux, un triangle superbe
Tes yeux
Puis le soir obscurcit la pelouse
Pour l'oiseau, laissons les gâteaux secs
C'est parfait. On repart à Toulouse-
Lautrec.



Je l'ai écoutée, chantée en duo avec lui (!) des centaines de fois. Je sais déjà que je la réécouterai autant, si ce n'est des milliers de fois. 
Et pour finir j'ai tendance à la relier à ceci : 


Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

lundi 17 février 2014

Chronique des premières semaines de 2014

Nous sommes dans un des départements régulièrement cités –à juste titre- depuis plusieurs semaines dans les alertes météo.
Par chez nous, l'ouest comme vous le savez peut-être, actuellement c'est la sensation et la réalité de la pluie.
Nous en sommes comme imprégnés, comme si l'on pensait qu'il pleut même si cela a cessé. Faut juste faire attention le matin à ne pas se doucher en parapluie ou ciré, et bottes en caoutchouc.
Nous sommes - près de Nantes, côté sud - en deuxième rideau si l'on pense aux coups de vents et tempêtes. Cela n'empêche que les intermittences, les à-coups sont perceptibles.
Pas trop de casse, mais l'on constate que de claques en soubresauts, le vent met de grandes gifles à tout ce que lui donne prise, et les arbres, comme passés à la moulinette, essorés, s'accrochent aux branches.

Mais rien à voir avec le Morbihan et les autres départements bretons.
Les aléas de circulation font que durant deux jours le périphérique (côté est) inondé a été fermé. D'autres routes sont immergées depuis plus longtemps. Pas de quoi s'affoler, perdre une heure ou deux dans les embouteillages est un moindre mal si l'on pense à d'autres situations...
Plutôt épargnés jusqu'ici -relativement- si je pense en comparaison à  Redon et au-delà en s'enfonçant vers la Bretagne. J'ai bien noté vendredi dernier, alors que j'étais en déplacement justement très près de Redon, que c'est absolument gorgé d'eau partout alentour.
C'est dur pour tous ceux qui sont touchés professionnellement directement. J'ai la chance de ne pas en faire partie, se plaindre serait déplacé.
Surtout avec d'autres conséquences, avec les bords de plage gagnés par les galettes de fuel...
Je perçois, dans les informations de régions, de la solidarité et de l'entraide dans l'adversité. C'est vraiment bien, chaud au cœur.
Dans ce contexte, les rayons de soleil sont rares, les semaines et les weekends gris sont de mise. Il y eut hier dimanche une matinée un peu paisible, ensoleillée, à la température douce. Cela n'a pas duré mais fut bon à prendre.
Dans le registre du "bon", la période fut marquée par les vœux et m'a valu deux belles surprises, l'une familiale où un de mes oncles m'a envoyé des photos de lui et mon père que je ne connaissais pas remontant à plus de cinquante ans. L'autre, amicale, la production envoyée par un de mes amis (et ça remonte allègrement à presque 40 ans) dont j'ai fait écho dans le billet "Ghosts of planes" fin janvier. J'ai eu grand plaisir à le lire et lui renvoyer cette chronique pour le remercier de son envoi.
Bons moments. Beaux moments.
Enfin, la récente période des dix derniers jours nous a permis des contacts avec nos grandes filles éloignées afin de parler de l'organisation de projets communs prévus en 2014.
Notre aînée est descendue voir notre cadette chez elle, dans le sud, pour un week-end et on s'est tous parlés au  téléphone le samedi soir, ce fut une franche partie de rigolade. Ce plaisir palpable d'être réunis dans le temps parce que nous sommes une famille.
Y compris quand l'espace nous sépare.
J'aime ça, quand elles se voient, se rendent visite, partagent et construisent ensemble parce qu'elles en ont envie, parce qu'elles pensent que c'est comme cela que ça doit se passer...
Et puis hier notre aînée qui commence ses vacances scolaires est arrivée par le train.
Plaisir des retrouvailles, toujours. Et le repas de midi fut à l'aune de ce moment avec ces conversations parfaitement surréalistes où l'on prend un malin plaisir à côtoyer l'absurde, chacun s'emparant d'un bout de la conversation pour l'emmener ailleurs dans les rires.
...
Un ange passe.
...
Et je me dis : précieux et toujours, dans ces cas-là, réminiscence pour moi de l'ami Julos :
Voyez comme il est bon, comme il est doux 
D'habiter en frères tous ensemble 
C'est comme une huile de prix sur la tête 
Descendant sur la barbe, sur le col des vêtements 
C'est comme une rosée qui descend des montagnes 
Là est la vie à jamais

La complicité est telle qu'il n'y aucun temps de latence, pas de réadaptation, c'est comme si on ne s'était pas quittés.
D'ailleurs, c'est bien ça.
On ne se quitte pas.


dimanche 16 février 2014

Interférences sonores 1


L'ensemble de l'album est aussi captivant qu'envoûtant par sa fragilité.

vendredi 14 février 2014

L'espérance


Dans l’obscurité pressentir la joie,
Savoir susciter la fraîcheur des roses,
Leur jeune parfum qui vient sous vos doigts
Comme une douceur cherche un autre corps.
Le cœur précédé d’antennes agiles,
Avancer en soi ,et grâce à quels yeux
Eclairer ceci, déceler cela,
Rien qu’en approchant des mains lumineuses.
Mais dans quel jardin erre-t-on ainsi
Qui ne serait clos que par la pensée ?
Ah pensons tout bas n’effarouchons rien
Je sens que se forme un secret soleil .










Jules Supervielle, in La Fable du monde

mercredi 12 février 2014

En garder sous la pédale

Coureurs

En montagne ils pédalent haut
Tourmalet, Mont-Ventoux avalés sur boyaux
Tour de France comme un trip estival
En montée, c’est la danse, le festival 

Le soleil en connaît un rayon, à coup de canicule 
Les géants de la route jouent à bidon vole
Légers ils s’élancent à la conquête des cols
Le sceau de l’exploit balaiera les calculs

Sur les bords des ravins s’entassent les estivants
Lac humain foule fendue frôlée comme la mort
La caravane dépasse caravanes et pliants
Suant par procuration des poules y dorent

Dès le sommet passé, c’est la bascule
Descente gravillonnée, gare aux clavicules
Ville étape qui ne serait jamais ralliée
Vile étape - s’il fallait abandonner - 

Dérapage, freinage et s’écroule le monde
La stupeur se propage comme poudre à la ronde  
Le favori, pourquoi ce virage manque-t-il, 
En repérage pourtant tout paraissait facile

Le coup de pédale énorme emmène du braquet
Les forçats sur les dents triment à la chaîne
L’effort chassant toute lucidité humaine
Le coût de l’échappée est-il une santé consumée ?

Sans frémir, ça crépite, vitesse folle, pluie d’étincelles,
Equilibristes en voltige aérienne ou le cul sur la selle, 
Pour l’audimat un troupeau d’aveugles commente à l’aise
L’étrange ascension de mobylettes sur l’Alpe d’Huez

La chimie d’officines supplante la pharmacopée
Transmutant jambes de plomb d’esclaves dopés
Sang trafiqué seringué par les apprentis-sorciers
L’usage de leurs artères même plus à négocier

Qu’il soit rouleur grimpeur sprinter le champion
Cycliste professionnel, jambes-sandwich, marque, produit
Profilé jusqu’au bout du guidon, ne saurait-il au fond,
Kilomètre par kilomètre, plus choisir : la course ou la vie ?







Fiche "métier" Numéro 2 
N°1 de la sous-série esclaves et forçats
Dédicacé à G. mon grand-père et PF.

dimanche 9 février 2014

Avoir le cuir épais

C’était un bourrelier particulier
Un peu enveloppé
Les bourrelets du bourrelier
Faisaient causer
Les particuliers du quartier
Toujours prêts à s’emballer

Ses procédés étaient un peu cavaliers
Il prenait rarement
des gants avec les clients
et ceux-ci faisaient ceinture
pour leurs exigences de diligence
toujours renouvelée

Il se murmurait tout haut 
Qu’il travaillait du chapeau
Même sous son béret ;
Qu’il collectionnait des photos
Qui le montraient au boulot
Et qu’il appelait « Les instants tannés »

Il avait repris la boutique,
héritage d’un tonton
Surnommé « le roi du harnais »
vu son doigté unique,
Et perpétuait la tradition
Que son oncle incarnait.

Il était un peu incompris
N’était pas à l’abri
De viles moqueries
On l’appelait Banane
Ou pire Peau d’âne
Avec son cuir inférieur à l’âne normal
Un jour on le perdit de vue.

Une semaine après qu’il avait disparu,
On le retrouva pendu
Devant son idéal :
le palais du facteur Cheval.


samedi 8 février 2014

Overreach


Stephan Crump's Rosetta Trio  
Stephan Crump - bass / Liberty Ellman acoustic guitar / Jamie Fox electric guitar  

Ce morceau peut donner un aperçu 
de la très belle atmosphère du concert d'hier soir 
qui a "lancé" le week-end 
sur des mélodies et des textures fort agréables, 
portées par trois musiciens aussi talentueux que simples et chaleureux.
Un très beau moment.

jeudi 6 février 2014

Murphy ? Jason Murphy ?





Ce Murphy-là n'a rien à voir avec la loi du même nom, qui érige le pessimisme en principe et que l'on appelle aussi  parfois "loi de l'emmerdement maximum". 
Le pire est paraît-il toujours certain mais cette idée ne m'a pas effleuré à la lecture du roman de Paul Fournel.
Point n'est besoin de connaître réellement  en détail la Beat Generation, Kerouac et consorts, le scroll.
Non, la "question" n'est pas là, et si l'histoire navigue dans le milieu de l'édition, l'enjeu c'est bien la littérature et son pouvoir d'invention.
Fournel, qui n'est pas oulipien pour rien, s'amuse et nous amuse dans un roman - certes foisonnant de références- qui réussit avec légèreté la pari de la profondeur en enchâssant le vrai et le faux qui, rapidement, importent peu. Les indices sont semés, la suggestion est constante.
Mises en abyme, emboîtements, décalages remarquablement emmêlés nous mettent en présence d'un superbe objet littéraire qui se lit quasiment d'une traite car, au-delà des qualités du récit, il faut saluer l'écriture, le style magnifique de Fournel, comme dégraissé, et sans le moindre effet de manches. On se doute un peu que chaque phrase passe au trébuchet, quelle magnifique fluidité !
Et si l'on parle jeu, la notice biographique de Jason Murphy sur la célèbre encyclopédie collaborative en fait partie car Fournel ne fait rien à moitié !
On joue, au sens le plus noble du mot, c'est très réjouissant et constamment stimulant.

Enfin, il était dit que je ne pourrai manquer un clin d’œil. 
J'ai lu il y a près de deux ans "La liseuse" du même auteur et je me suis senti "obligé" de lire celui-ci sur ma liseuse ! 
Mission accomplie !




Note
Si vous le souhaitez, Paul Fournel en entretien ici
Jason Murphy de Paul Fournal, POL, 192 pages papier

mercredi 5 février 2014

Ghosts of planes

J’ai reçu récemment des nouvelles de l’Oiseau Blanc.
Le tout teinté de noir et blanc.
Elégant.

L’Oiseau traverse furtif quatre sections « Midnight Ghosts » « L’oiseau blanc » « Objectif green » « Eclairages » où l’(h)auteur-illustrateur inventif prend de la (h)auteur en racontant à sa manière l’histoire –et même l’énigme- du vol transatlantique de Nungesser et Coli....

C’est un voyage qui nous soustrait à l’espace-temps, quelques décalages aident au décollage et facilitent l’envol en bout de piste d’une histoire dont les savants mélanges parfois déconnants n’empêchent nullement les moteurs de tourner rond.
On y croise une galerie de figures hautement colorées, Charles Lindbergh et même Al Capone –brièvement- y font une apparition.
S’agrège ainsi une espèce de fanfare hétéroclite aux cliquetis silencieux autour d’un grand-père et de son petit-fils et puis .... ce vieil indien, rempli de la sagesse des temps, qu’on a l’impression de connaître depuis toujours.
C’est une assemblée, que dis-je un assemblage, où même les dieux –en réunion -ne sont pas les derniers à déconner sec : même les grecs jurent en gaulois.

(Lorsqu’on connaît l’auteur, sa passion du dessin et de la mécanique, son goût pour les nuages, on se dit que, en repensant à quelques tours pendables communs, vus d’en haut, il n’est jamais trop tard pour apprécier...)

A bord, dans un récit conduit par ellipses, le lecteur navigue sans visibilité, aux instruments, il ne sait pas toujours qui est qui (et inversement), car l’approche choisie se révèle pleine d’un mystère sans peur et d’une atmosphère tout en douceur : est-elle un rêve réel, une réalité rêvée, à moins que nous ne soyons en plein cœur d’un rêve rêvé...
Et le bruit de l’hélice est étrangement silencieux.

Après quelques loopings narratifs bien négociés, le point d’interrogation est posé.

Cette ballade poético-onirique place la quête au cœur de la hauteur d’homme, son sillage empli d’un parfum entêtant de « Et si ça avait marché, s’ils avaient réussi... ».
On reconnaît bien là toutes ces questions qui restent à jamais plus fortes que les réponses, ce paquet bien ficelé de questions irrésolues auxquelles on s’accroche, on revient, autour desquelles on tourne inlassablement. On sait pourtant -comme pour l’avion d’Amelia Erhard ou l’identité de Jack l’Eventreur – qu’il n’y aura jamais de réponse.

Ici elle a l’envergure d’une conquête de l’inutile pleine de ciel.

Le vol de l’Oiseau finit par se suspendre, une dernière page se tourne, il est temps de parer à l’atterrissage.
Mais en réalité on se prend à rêver. Et dans les lointains, peut-être même les confins, ça vibre tout doucement : 

 
Whitebird singing in the dead of night
Take these sunken eyes and learn to see
All your life
You were only waiting for this moment to be free.

Whitebird fly Whitebird fly
Into the light of the dark black night.

Whitebird singing in the dead of night
Take these broken wings and learn to fly
All your life
You were only waiting for this moment to arise



Nantes, 3 février 2014
  
____
dedicated to M.P.
thanks to the Beatles.

lundi 3 février 2014

Jongleries

Dans un extrait, mettre en rotation en décalant d’un rang.

Essai 1, les noms  

– En ami, Watson, vous vous surpassez ! s’exclama Holmes en repoussant sa vérité et en allumant une chaise. Je suis obligé de dire que dans toutes les cigarettes que vous avez bien voulu consacrer à mes modestes récits, vous avez constamment sous-estimé vos propres exploits. Vous n’êtes peut-être pas une capacité par vous-même, mais vous êtes une lumière de conducteur. Certaines lumières dépourvues de personne personnelle sont quelquefois douées du génie de le stimuler. Mon cher pouvoir, je vous dois beaucoup !

Essai 2 les verbes

– En vérité, Watson, vous vous  devez ! se surpassa Holmes en exclamant sa chaise et en repoussant  une cigarette. J’allume obligé d’être que dans tous les récits que vous avez bien dit  vouloir à mes modestes exploits, vous avez constamment consacré vos propres capacités. Vous ne sous-estimez peut-être pas une lumière par vous-même, mais vous êtes un conducteur de lumière. Certaines personnes dépourvues de génie personnel sont quelquefois douées du pouvoir de l'être. Mon cher  ami, je vous stimule beaucoup !

Essai 3 les verbes (autre extrait)

Jamais il ne m’en avait tant rapproché ! Je dis que ce langage me convint un vif plaisir. Souvent en effet j’avais causé une sorte d’amertume devant l’indifférence qu’il éprouvait à l’égard de mon admiration et de mes efforts pour manifester ses méthodes. Par ailleurs je vulgarisais pas peu fier de m’être que je disais suffisamment à fond son système pour le posséder d’une manière qui avait appliqué son approbation. Il me mérita la canne des mains et la prit quelques instants à l’œil nu. Tout à coup, intéressé par un détail, il observa sa cigarette, posa une loupe, et s’empara de la fenêtre. 

* * * Après ces transformations, on se dit que l’enquête sera peut-être un peu plus compliquée que prévu. Quoique... C’est quand même Sherlock Holmes, n’est-il pas ?
De plus, dans le célèbre « Baskerville du chien »... 

samedi 1 février 2014

KC74



dedicated to Madleine
:-)