lundi 10 mars 2014

Dans un fauteuil

Trois d'un coup. Les dernières séances ciné de cette quinzaine avec Madame K nous ont fait choisir dans l'ordre : 12 years a slave, puis Lulu femme nue et enfin Tel père tel fils.
A postériori comme dirait le facteur, au fil du hasard des séances, on a fait que progresser !

12 years a slave 
Le film américain sur l'esclavage n'a eu qu'une vertu pour ce qui me concerne, c'est le rappel des enlèvements pratiqués pour le commerce des esclaves. Je l'avais oublié, honte à moi. 
Le film est vraiment une grosse machine, j'en ai été un peu surpris - je n'avais rien lu avant dessus- et il a été sacré meilleur film aux Oscars juste après que nous l'avons vu. Le nom du réalisateur nous a attirés, celui de Hunger. On peut se tromper !

Le film vraiment peu subtil noie dans son traitement les quelques éléments de complexité qui apparaissent pourtant ça et là : Maître Ford humain dans le système ambiant / maître Epps pris par ses démons, l’un étant d’ailleurs son épouse autour du statut social / la reproduction de schémas par les noirs eux-mêmes…
Très bien-pensant : cela donne l'impression que McQueen a été phagocyté par Hollywood. 
Et déception. Du coup, "ça" récite sa leçon sans rien oublier. Même Brad Pitt à la fin joue un "sauveur" quasiment surréaliste ! Cela donne un film pour gamin de 8 ans avec une grosse (ou grasse) louche de mélo à la fin. Et ce manque de finesse, la musique peut en témoigner à elle seule.
Tout n'est pas pourtant à jeter, l'acteur Michael Fassbender est plutôt bien - même s'il frôle la limite du cabotinage à certains moments- dans un personnage éminemment contradictoire, perclus de démons, dont les relations avec sa femme tranchent sur le simplisme ambiant.
Le côté naturaliste (ou presque documentaire) de certaines scènes est intéressant, le côté « foire aux bestiaux », la toilette... mais cela intervient trop sporadiquement, comme s'il y avait un manque de direction au point qu'à d'autres moments ça esthétise sec, par exemple, le chant dans le champ de coton tombe terriblement à plat, on le voit venir trois siècles à l'avance, du coup c’est un anachronisme ! 
Un beau ratage.

Lulu femme nue
Il nous « fallait » y aller, presque un an après avoir rencontré en vrai Etienne Davodeau à la médiathèque. Pour Davodeau certes, mais aussi pour Karin Viard, et puis pour Lulu...


Nous avons apprécié que ce film ne prétende jamais être ce qu’il n’est pas, l’humilité de la réalisatrice étant à la hauteur de l’attention qu’elle porte à Lulu, à ses rencontres, au voyage suspendu dans le temps.
L’esprit de la bande dessinée est bien capté dans la dimension poétique de l’univers de Davodeau.
Le film se soucie peu de réalisme, ce n’est pas le sujet, par contre il renvoie en écho des questions qui peuvent parler à chacune, à chacun.
Lulu est perdue, Lulu s’est perdue. Elle ne rentre pas chez elle suite à un entretien d’embauche raté. Elle reste au bord de la mer, en Vendée, et des rencontres (amoureuse, amicales) pleines d’humanité et de solitudes qui se croisent et s’entraident (avec leurs faibles moyens) vont l’aider à « revenir ».  
L’attention, la bienveillance des personnages entre eux, le temps qu’ils veulent bien se consacrer – dans une parenthèse et un espace qu’ils savent à priori limités dans sa durée-  constituent le joli butin de cette histoire, où quelques moments loufoques ajoutent au plaisir.
Emouvant souvent, jamais mièvre, ce film est frais et nous fait ressortir sourire aux lèvres.

Tel père tel fils
L’inversion de deux nouveaux nés. Des certitudes qui s’écroulent 6 ans après.
Des familles de deux milieux sociaux très différents, le cadre est posé.
Que faire ? Comment faire ? Comment vivre ?
Superbe film, l’art des petites touches. Education, modèle, filiation.
Tout le monde est touché. Bouleversements.
Intérieurs, sans fureur. Des gouffres.


Ce pourrait être lourdingue, c’est subtil, fin et délicat.
Cela pourrait sembler long, c’est patient, méticuleusement agencé, minutieux.
Vivant.
Les cheminements, les pères, les mères, les enfants, les gestes et comportements prennent une nouvelle lumière, ils ne sont plus ce qu’ils étaient jusque là. De déplacements en décalages.
Cela parle intensément du lien, à chacun, et l’ensemble n’est jamais démonstratif, en gardant la ligne de l’humain et de la sensibilité.
Et qu’aurions-nous fait si...
Je répète, superbe film, l’art des petites touches. 

6 commentaires:

  1. Lulu, femme nue: j'en suis encore à me demander si j'y vais ou pas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tiens, ça me fait penser à :
      J'en suis encore à m'demander
      Après tant et tant d'années
      A quoi ça sert de vivre et tout
      A quoi ça sert en bref d'être né

      Supprimer
  2. Si jamais, mais oh jamais je pense, il arrivait ici, c'est Tel père, tel fils que j'iars voir...merci señor K.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te souhaite de pouvoir saisir cette superbe occasion Colo.

      Supprimer
  3. K,
    Je n'ai pas les deux premiers, mais en ce qui concerne le troisième, tes mots sont les bons : subtil, fin délicat.
    Je conseille aussi vivement the Grand Budapest Hotel

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Wes Anderson, déjà très apprécié sur Darjeeling, donc, fort probable que nous irons ! Merci.

      Supprimer