mercredi 12 avril 2017

The Falls


Un très court extrait publié il y a peu (27 mars) n'a suscité quasiment aucun intérêt, voici cependant quelques mots sur "Les Chutes" de Joyce Carol Oates, romancière américaine, dont je n'avais encore rien lu jusqu'ici, même si elle était "en attente".
L'histoire d'Ariah nous est racontée sur une période d'environ trente ans, en un peu plus de cinq cent pages. 
La première partie -fondatrice- est époustouflante par l'ambiance, par son aspect inaugural, par le décor : nous sommes près des Chutes du Niagara qui sont quasiment une entité mystérieuse si ce n'est maléfique, au pouvoir d'attraction, ou magnétisme irrésistible.
Ariah est aussi touchante que surprenante, elle se remarie très vite au mépris des conventions ou des convenances après un premier mariage qu'on pourrait dire mort-né dans des conditions dramatiques que je ne révèle pas.
Toute cette partie est magistrale, mystérieuse et décalée car les personnages vont souvent à rebours de ce qu'on pourrait attendre d'eux.
La suite voit Dirk le second mari d'Ariah, un avocat plein de charisme et engagé, défendre une ouvrière et peu à peu se mettre tout le monde à dos au point de ne pas survivreà ce drame et scandale polito-social qui touche par trop aux intérêts des nantis...
Dans une évolution presque étonnante, Ariah se coupe de tout ou presque, la peur de l'abandon encore une fois la mène à se construire une carapace, à tout cadenasser, se réfugier dans les leçons de piano qu'elle dispense, et ne rien dire à ses enfants sur leur père ce qui inévitablement va provoquer chez eux envie de savoir, curiosité, enquête.
Elle est en devient moins aimable, plus difficile à suivre.
C'est ce que la deuxième partie du roman - plus convenue, plus essoufflée c'est-à-dire moins lyrique car on est dans le dur - traite en proposant rétrospectivement des éclairages sur des faits antérieurs déjà connus du lecteur. Mais, ne nous y trompons pas,  il y a des moments superbes et une fois de plus mystérieux dans les quêtes respectives des enfants, cheminements personnels initiatiques qui nous font apprécier leur caractère et leur personnalité, plutôt généreux.
Finalement, au -delà de sa structure en strates, le roman est assez classique dans sa dimension de saga et parvient à mêler le personnel et l'universel. L'auteur ne porte pas de jugement et ne ménage pas forcément son héroïne. Son écriture permet de créer une atmosphère envoûtante, notamment en première partie, très hypnotique. 
Et si tout cela se termine en apparence assez bien je garde le sentiment que les personnages sont juste provisoirement apaisés, comme en une trêve, car ils me semblent davantage en suspension tels des funambules instables au-dessus des chutes.   



12 commentaires:

  1. C'est par ce roman que j'ai découvert Joyce Carol Oates et depuis je parcours son oeuvre avec énormément de plaisir. C'est un auteur très prolixe qui traite ses sujets avec une grande maîtrise alliant psychologie, réflexions sociales, et art de la narration tout à fait exceptionnel.Difficile de te recommander d'autres oeuvres de JC Oates: me viennent à l'esprit "Blonde"(biographie romancée mais si passionnante de Marilyne Monroe: un chef d'oeuvre pour moi ), "Nous étions les Mulvaney", "Mudwoman", " J'ai réussi à rester en vie" (sorte de journal intime écrit suite à la mort de son mari: bouleversant journal de deuil), " Fille noire, fille blanche".....Je ne peux tout citer. J'aime être bousculée par mes lectures et avec Oates, son style, les ambiances , les personnages bref, je ne suis jamais déçue !

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    1. Merci Charlottine.
      Je pense que ça va se jouer entre Blonde et Mulvaney...

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  2. Moi aussi j'ai découvert cette auteur par ce livre, et puis je continue de la lire. Parfois je suis moins emportée, mais très souvent la magie fonctionne. We Were the Mulvaneys, The Gravedigger Daughter, I'll take you There... Je les lis et relis :)

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    1. Oh, même dans ce livre déjà il y a des moments où ça patine un peu, mais pas longtemps !
      Et merci des conseils.

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  3. Toujours en attente ici, mais ton billet et les commentaires vont l'écourter...je reviendrai donc bientôt par ici.
    Bon week-end K.

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    1. En principe, d'excellents moments assurés !

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  4. Je n'ai lu que "Blonde". Je l'avoue: plus pour Marilyn que pour l'Auteur. Et je l'avoue aussi, toute à ma passion pour la star, sans détecter de style particulier. Ce billet encourage franchement à pousser le bouchon un peu plus loin ...

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    1. Oh je lirai Blonde, je ne sais juste pas quel ordre je choisirai !

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  5. Bonjour K, j'ai aimé le roman mais pas le personnage d'Ariah qui m'a beaucoup crispée. Elle a tout pour être heureuse et les gens qui gravitent autour d'elle sont vraiment patients. Bonne fin d'après-midi.

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    1. Ariah me semble-t-il s'éloigne du lecteur à mesure que son histoire avance.Elle est très au premier plan dans la première moitié, je la trouve très touchante.
      Je n'ai pas été irrité ou crispé par elle ensuite, même si elle est moins "à son avantage" si je peux dire, j'ai juste admis et respecté ses réactions sans les partager forcément.
      Merci Dasola !

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  6. Pas lu ce titre, ce sera donc ma prochaine lecture de cette romancière que je trouve passionnante.

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    1. Oui, Tania, ce titre donne envie d'aller voir plus loin et plus près la concernant !

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